Pas d’impatience, le mois de mai arrive, et avec lui, le nouvel EP de Midscale : Dread, This Could Save You. Quatre titres nimbés de post-rock et de shoegaze. Sans prétention si ce n’est les frissons, Madeleine de Proust c’est l’occasion de faire un bond dans le passé et raviver les souvenirs, en évoquant des œuvres culturelles qui n’appartiennent qu’à nous.


La première fois que je vois Midscale, c’est dans la cave de l’Inter’, ça date. Depuis, la formation a évolué et pris en assurance et en complexité. En première partie d’Explosions in the Sky au Bataclan, puis en virée à New York pour le New Colossus, les musiciens sont à (re)découvrir aujourd’hui à Petit Bain avec newhvn (anciennement A Burial At Sea). L’occasion pour eux de révéler leur nouvel EP, Dread This Could Save You. Un sans faute pour un quatre titres inventif, sincère et émouvant. Entre post-rock et shoegaze, Midscale trace des lignes et les efface.
Un livre/BD que vous ne quittez jamais ?
Eliott (guitare) : Pour moi qui ait des problèmes d’attentions j’ai toujours un Cioran dans ma poche, “le maître du suspense” comme on l’appelle car à chaque page on se dit “mais l’auteur va se suicider c’est imminent là!” et ça n’arrive jamais. Haletant.
Gab (basse) : Bien que je ne l’ai lu qu’une fois, je pense très souvent à La Horde du Contrevent de Damasio. Le côté groupe/liens humains, la quête vers un idéal, l’ancrage dans une autre réalité qui augmente les messages transmis… Et surtout l’écriture et la narration, très fluides et sensorielles. J’ai hâte de trouver le temps et la disposition d’esprit pour me replonger dedans et en avoir une autre lecture.
Seb (batterie) : Lettre à un jeune poète de Rilke. Je ne connaissais pas cette oeuvre. Je l’ai découverte sur scène, lors d’une magistrale lecture de Niels Arestrup en 2005. A la suite, j’ai démissionné pour me consacrer à la musique.
Yohann (guitare,chant) : Foi espérance et carnage de Nick Cave et Sean O’Hagan. Une sorte de guide de vie basée sur l’expérience. L’analyse de la spiritualité y est particulièrement intéressante.
L’album que vos parents vous ont fait découvrir et que vous écoutez encore ?
Eliott : Revolver des Beatles, depuis j’essaie de leur faire comprendre que quand on a connu les Beatles, on a pas vraiment le droit de se plaindre qu’on augmente la CSG ou je ne sais quoi.
Gab : All Things Must Pass de George Harrison. Un disque que mon père écoutait souvent quand j’étais enfant, et sur lequel je suis retombée il y a quelques années seulement en lui volant quelques CDs. J’avais complètement oublié l’existence de cet album et ça a été comme recroiser un vieil ami d’enfance, avec les émotions et les souvenirs qui vont avec. Le meilleur projet post Beatles, du meilleur des Fab Four.
Seb : King Crimson In the court of Crimson king. La pochette du vinyle me faisait peur mais la musique m’hypnotisait.
Yohann : Pink Floyd Pulse live. Je ne m’en lasserai jamais c’est grand c’est bien écrit. Mon père regardait ce live en VHS les dimanches quand j’étais gamin et ça reste un album qui me suit depuis que j’ai je pense 4 ans.
Le morceau qui vous rappelle instantanément des bons souvenirs?
Eliott : I’m Going Through Some Shit de Self Defense Family, une chanson qui rappelle le temps des kebabs à 5 euros et d’une France d’avant les diktats néo libéraux de Bruxelles.
Gab : Wake Up de Arcade Fire, en lien direct avec le final de leur concert à Rock en Seine. Ils avaient dû s’interrompre à cause d’une pluie torrentielle, et tout le monde pensait finir le festival sur cette mauvaise note. Mais après avoir bâché tous les instruments, ils sont revenus sur scène pour clôturer un set déjà magistral avec ce morceau d’anthologie en acoustique, accompagnés par un public de 30 000 personnes pour chanter les paroles d’une seule voix.
Seb : There, there de Radiohead. Fan de la 1ere heure. 1er concert : 2003, main stage des Eurockéennes et ils ouvrent avec ce titre. La claque !
Yohann : Diiv – doused. Découvert dans un moment où je ne trouvais plus de nouvelles choses à écouter qui me correspondent.
Une œuvre d’art étudiée que vous avez toujours en tête ?
Eliott : Belle du Seigneur, avec l’annabac Belle du Seigneur, qui m’a permis de bien comprendre les nuances du français genêvois.
Gab : Pas une œuvre en particulier mais tout le travail du photographe Michael Kenna, que j’avais découvert en cours de photo à la fac. Ses clichés ne sont pas foncièrement révolutionnaires, mais je les trouve fascinants, et j’aime beaucoup la façon dont il a peaufiné son style au fil de sa carrière.
Seb : All blues de Miles Davis (oui, c’est une oeuvre d’art) que j’ai massacrée dans ma tentative de cours de batterie jazz.
Yohann : Je n’ai jamais étudié l’art en général mais la peinture d’Edward Hopper me parle beaucoup. La simplicité la lumière et le mouvement implicite que l’on peut percevoir créent une immersion folle et ces toiles me font m’évader instantanément.
La photo de vous enfant que vous avez toujours près de vous ?
Gab : Une photo sous-exposée où je dois avoir deux ou trois ans, entourée de mes frères, avec le violon du plus vieux dans les mains, raide comme un piquet et solennelle comme en plein récital. J’ignore si le violon a survécu à la prise de cette photo.
Seb : dans un album de famille, rangé dans l’armoire à souvenirs, un Polaroid de moi à 5 ans, émerveillé devant une maquette de train à vapeur miniature, construite par un de mes tontons.
Yohann : une vieille photo de moi gamin en salopette bleu avec un t-shirt rouge à un piano. Je n’ai aucun souvenir de ce piano mais ça laissait apparaître un attrait fort pour la musique dès mon plus jeune âge.
Un film dont vous citez les extraits, les dialogues ?
Eliott : L’intégrale du Dessous des Cartes, de Jean Christophe Victor.
Seb : La classe américaine. Avec mes potes, nous avions tellement poncé la VHS (une copie d’une copie de quelqu’un qui avait un décodeur pirate Canal+) que nous avions ajouté de la patine à la patine du film.
Gab : Ce n’est même pas mon film préféré, mais je copie Seb sur ce coup : les dialogues de La Classe américaine sont imprimés dans ma tête depuis des années, particulièrement et absolument sans raison pour parler de nourriture (CHIPS, jus de tomate, burger, ouiche lorraine et j’en passe).
Yohann : Culture cinématographique maigre assez peu de mon côté. Mais je suis fasciné par l’esthétique visuelle de Denis Villeneuve surtout dans Dune et Blade Runner 2048. Le premier Blade Runner m’a beaucoup marqué.
Si vous deviez résumer votre rapport à la musique avec une œuvre ?
Eliott : All Bitches Die de Lingua Ignota, un rappel quotidien que c’est mieux la musique quand on en a “gros sur la patate”.
Gab : Electro-Shock Blues de Eels. Un album bourré d’émotions brutes mais aussi de réflexion, aussi réconfortant et drôle que dévastateur et réaliste, avec un sens du détail qui ne laisse rien au hasard. C’est tout ce que je recherche dans la musique, quelque chose qui parle aussi bien à mes sentiments qu’à mes pensées, qui m’aide à les absorber, les
comprendre et les exprimer.
Seb : Enter the Wu-Tang pour le côté crew patchwork, la disruptivité avec la tendance de l’époque et la capillarité avec d’autres styles musicaux (ex. avec le HxC)
Yohann : Radiohead – Paranoid Android pourquoi? Mon rapport à la musique est comme ce morceau qui reste un de mes préférés ever : long, complexe, avec de nombreux chapitres et intense.

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