Il y a déjà quelques mois, je rencontrais le quatuor originaire de Leeds, The 113. Autour d’eux, beaucoup de bruit, peu d’infos et peu de sorties : de quoi attiser ma curiosité. Il se dégage de leur musique quelque chose de viscéral et de sincère, entre noise et post-punk. Les musiciens sont actuellement en tournée française et sortiront le 17 avril leur nouvel EP, The Hedonist.

Crédit photo : Marine Berger
Le titre de votre EP To Combat Regret suggère une lutte contre le regret. Pour vous, qu’est-ce que le regret, et contre quoi vous battez-vous vraiment avec cet EP ?
Jack (chanteur, guitariste) : Wow. Je pense que, sur cet EP, en en parlant dans son ensemble… le regret était le thème commun. Et je pense que je traversais une période de ma vie où des choses me revenaient sans cesse, constamment, encore et encore, et la seule façon d’y faire face, c’était soit de boire, soit de tout mettre par écrit.
Écrire des mots différents pour que ça sonne plus… je ne sais pas. En quelque sorte, j’en ai fait quelque chose de plus piquant. J’en ai fait une métaphore, et j’en ai écrit quelque chose de plus sombre.
Josh (bassiste) : Comme tu le disais, une fois qu’on a créé quelque chose de plus fantaisiste, on sort ça de soi-même pour le mettre dans autre chose. C’est une bonne chose.
Jack : Ouais. Je l’ai rendu irréel. Je traversais une petite période difficile où des choses me revenaient, et j’ai essayé de transformer ça en une scène qui représentait ce que je ressentais, plutôt que…
Josh : Plutôt que d’en faire quelque chose qui te concerne directement. C’est un peu comme raconter une histoire, non ?
Too Awake ouvre l’EP avec force. Comment cette tension initiale vous permet-elle d’installer à la fois de l’énergie et de la vulnérabilité tout au long du disque ?
Jack : Je pense que… Too Awake est la chanson la plus vulnérable. C’est la plus directe dans ses mots. La plupart des choses que j’écris sont un peu plus masquées par la métaphore, cachées derrière des histoires et tout ça, mais Too Awake était très littéral. C’était au plus près de ce qui se passait, et c’est… C’était un court fragment de temps qui se répétait, exprimé en quelques mots. Je pense qu’elle permet au reste de l’EP d’être un peu plus ouvert.



Backpedaler semble faite pour la scène. Est-ce que vous écrivez parfois des chansons en imaginant déjà la foule ?
Josh : C’est une très bonne question, parce qu’on a souvent cette conversation. D’un côté, surtout récemment quand on écrit, on commence à faire quelque chose et on s’imagine comment ça sera, mais on est encore en train de débattre : est-ce qu’on devrait d’abord penser à ce qu’on enregistre et laisser le reste se passer après, ou au contraire penser dès le départ à la réaction du public ?
Jack : Personnellement, et je pense qu’on fonctionne comme ça en tant que groupe : dès qu’on commence quelque chose, ça se joue dans ma tête. Dès qu’on le joue pour la première fois en studio tous ensemble, je ferme les yeux et je me retrouve ailleurs, en train de le jouer devant plein de gens, et je vois comment ça réagit.
On y pense, mais quand on écrit, on doit s’en détacher, parce qu’on écrit pour le disque, pas pour la scène, tu vois ? Mais on peut voir comment ça se transpose. Backpedaler, c’était une de ces chansons où on s’est regardés et on s’est dit : ça bouge bien, ça devrait passer et heureusement pour nous, ça passe très bien jusqu’ici.
Josh : Je pense qu’on n’a pas vraiment eu besoin de modifier les chansons pour qu’elles sonnent bien sur scène ou qu’elles soient énergiques en live. J’ai l’impression qu’on le fait naturellement.

Votre son est ancré dans l’intensité post-punk, mais vous créez aussi des espaces de respiration. Est-ce que vous pouvez m’en parler un petit peu ?
Jack : J’ai toujours aimé ça. Certes, j’en fais peut-être trop et peut-être que ça revient trop souvent. On en a discuté plusieurs fois, mais j’adore ce contraste. C’est très agressif, et puis ça bascule vers quelque chose de plus sombre, et c’est là que l’émotion ressort un peu.
Par-dessus toute cette agressivité qui sort dans les grandes sections, laisser un peu de place à la vulnérabilité comme tu l’as mentionné et, comme dans des morceaux tels que Nothing, où la section centrale est assez vulnérable, assez ouverte… je pense qu’il est important de laisser exister une telle section. La musique suit les paroles, et ça a toujours été le cas.
Donc si une section n’a pas besoin d’être agressive, on calme tout et ça s’équilibre… Je pense que ce contraste fonctionne bien dans ce qu’on fait. Donc je vais continuer à le faire jusqu’à ce que le reste du groupe me dise d’arrêter.
Comment collaborez-vous avec le groupe sur l’écriture et la composition ?
Jack : J’ai commencé à le faire beaucoup plus récemment, et je pense que ça a été une aide considérable. Le fait de jouer ensemble sur scène depuis si longtemps nous a permis de développer un style commun. Pendant un moment, c’était juste moi derrière un ordinateur portable, seul, à tout faire, puis j’apportais ça au groupe. Mais maintenant, on est assez sûrs de nous pour entrer ensemble dans une salle, communiquer, et si quelqu’un a une idée, on peut l’emmener quelque part. On est quatre esprits égaux désormais.
Je pense que ça venait surtout de moi. J’ai dû lâcher prise sur la propriété et faire confiance au fait que quelque chose de bien peut naître d’une plus grande implication des autres. On entre dans une salle, quelqu’un a une idée, et on s’assemble bien. On est tous de très bons amis, donc si quelque chose ne fonctionne pas, si Josh joue quelque chose de dingue qui ne convient pas, on peut juste dire : « tu peux changer ça ? » Et personne ne le prend mal. C’est une discussion, pas autre chose.
Josh : Je voulais juste ajouter que ça a pris du temps. On joue ensemble depuis environ trois ans et demi. Et avant qu’on fasse des concerts en live, Jack faisait des choses de son côté, il avait sa méthode. Il a fallu un moment pour en sortir et travailler davantage comme un groupe. Parce que comme tu l’as dit, on a des esprits égaux, et on joue ensemble depuis plus longtemps, tout le monde a la même idée de la direction qu’on veut prendre. Il y a eu une période où on se disait : « allez, essayons d’écrire une chanson » et on ressortait de la salle avec absolument rien. Mais maintenant, surtout ces derniers mois, on est devenus bien plus collaboratifs, et on sait beaucoup mieux comment servir les chansons qu’on est en train d’écrire.



Quels instruments ou éléments sonores ont contribué à donner à l’EP son identité et son énergie spécifique ?
Jack : To Combat Regret, c’était un EP de basse. La basse guitare était l’élément le plus important. Oui, je pense que c’est ce qui propulse tout. Même là où la basse est moins présente, l’EP est très axé sur la basse, et c’est l’aspect le plus important. Ça peut sembler assez simple en termes de concept, mais je pense que les chansons en dépendent tellement que c’est ça, l’EP.
Josh : Si vous retiriez la basse de toutes les chansons de l’EP et demandiez à quelqu’un d’autre de faire autre chose dessus, l’effet ne serait pas le même. La chanson ne serait tout simplement pas aussi bonne.
Jack : Je pense qu’avec cet EP, c’est là qu’on a vraiment commencé à vraiment collaborer, et c’était surtout Josh et moi qui s’asseyaient dans mon petit studio au départ. C’est pourquoi la basse ressort autant, parce que la moitié des personnes qui travaillaient dessus était focalisée sur la basse. Ça allait forcément transparaître.
Bref : la basse.

Une dernière question. Si vous deviez choisir une œuvre d’art, un livre, un film, une chanson, qui vous définit ou que vous avez toujours en tête, laquelle ce serait ?
Jack : Il y a un tableau de… C’est Edward Hopper ? Nighthawks ? Vous savez, celui avec les gens dans le café en pleine nuit ? J’adore ce tableau. Je l’aime vraiment. Je pense que c’est fantastique. Il y a quelque chose là-dedans. C’est tellement solitaire, et c’est juste une belle œuvre d’art.
Josh : Je ne peux pas répondre.
Jack : Pour le disque, ça ressemble à Charles Bronson. Enfin, ça ressemble à Tom Hardy dans Bronson. Donc on va dire Bronson.

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