Camilla Sparksss : « mon art est très instinctif »

Il y a quelques mois, je participais à mon nouveau rendez-vous annuel préféré : l’Indie Day à Dijon. Une programmation réellement audacieuse, qui fait à chaque fois la part belle aux artistes féminines, aux groupes émergents et aux coups de cœur de l’équipe. J’y rencontrais Camilla Sparksss, que je suis déjà de nombreuses années.

Crédit photo : Marine Berger / Fréquence O

Camilla Sparksss est solaire, drôle et incroyablement douée. Entre deux concerts, on s’est retrouvées pour échanger autour de son dernier album, ICU RUN.

ICU RUN est un album vraiment personnel : il y est question de vie et de mort. ICU fait référence à « intensive care unit ».

Mon père a fait les derniers mois de sa vie dans l’ICU. Et il essayait toujours de s’échapper. C’était très triste. Mais c’était aussi un très gros artiste de la vie. Il a trouvé les plus drôles façons d’essayer d’échapper. C’est génial. Donc ICU RUN c’était un peu l’idée d’essayer de regarder les côtés un peu positifs et un peu drôles quand même.

Est-ce que tu peux me dire comment tu as pensé cet album ?

Je crois que je ne fais jamais de musique qui parle d’amour ou de politique. Tu sais, il n’y a jamais un message. C’est toujours très lié à ce que je suis en train de vivre. Et c’est toujours très personnel. Mais peut-être cet album, c’est le plus personnel parce que c’était peut-être les deux dernières années les plus intensives de ma vie. Tu sais, où j’ai vécu des choses plus… difficiles aussi.

Et est-ce que la musique, en tout cas cet album, t’a un peu soigné ?

Oui, mais c’est toujours comme ça, tu sais. Depuis 20 ans qu’on fait de la musique avec Peter Kernel. On compose tout le temps, que ce soit avec un projet ou l’autre. Et c’est toujours pour associer ce qu’on est en train de vivre. Je crois qu’Aris et moi sommes très sensibles aux choses qui se passent dans la vie. Alors on a besoin d’exorciser avec… La musique, oui.

Je trouve que tes chansons sonnent comme des mantras. Sur Fatherless, tu répètes « I’m so strong, I can run so fast ». Je trouve ça super beau. Est-ce que c’est une manière un peu d’aller mieux justement ?

Oui, il y a quelque chose d’un peu zen pour moi. Il y a quand même beaucoup de contrastes. Il y a ces moments très respirés, très… « You say that I’m strong, I’m so strong ». Et puis des moments avec des batteries très coupantes. Et les voix presque qui poppent.

Oui, c’est un peu un mantra, mais c’est aussi un peu… Comment on dit ça? « I dare you ».  Parce que c’est un truc de dire… « You say that I’m strong ».  Il y a beaucoup de gens qui me disent que je donne l’impression d’être très forte alors que je ne le suis pas du tout. Donc je me dis que je dois l’être. C’est étrange le contraste entre comment une personne se sent et comment les gens voient cette personne.

Que ce soit avec Camilla Sparksss ou Peter Kernel, tu es habituée aux collaborations et aux remixes. Est-ce que pour toi, la musique, c’est forcément quelque chose de collectif ?

Pour moi, c’est beau de voir, comment un album peut être vécu par quelqu’un d’autre. C’est une curiosité pour moi.

Camilla Sparksss à l’Indie Day (Dijon)
Crédit photo : Marine Berger
Et ce soir (à la Vapeur, Dijon), tu as fait le morceau que je préfère Amami Tu, le duo avec Francesco Bianconi, chanteur et écrivain. Comment tu l’as-tu rencontré ?

Je ne l’ai jamais rencontré.

Tu ne l’as jamais rencontré ?

Si mais par hasard. Aris m’a dit : « tu sais que Francesco Bianconi a mis un tee-shirt Peter Kernel à un concert ? ». Donc je lui ai écrit mais il est très fameux en Italie. Je ne pensais pas qu’il me répondrait.
A la base, j’avais enregistré la chanson seule avec un deep pitch sur ma voix. Puis j’ai pensé que ce serait cool d’avoir quelqu’un avec une très grosse voix. Alors, j’ai juste écrit à Francesco et il a dit tout de suite oui. J’étais wow.

Je me demandais comment tu crées aussi avec ce projet-là. Comment ça se passe par rapport à Peter Kernel ?

Pour écrire ? Ah, c’est la même chose. C’est vraiment la version électronique de Peter Kernel. Parfois, on écrit des chansons, on essaie la version électronique et la version Peter Kernel. Et puis, on choisit (Aris produit aussi).

Il y a un truc avec tes pieds. Tu es vraiment là. On sent que tu es présente et qu’il y a un truc qui se passe, quoi.

Tu sais, c’est drôle que tu dises ça parce que j’ai commencé à faire du parapente et quand tu décolles, tu dois bouger un peu avec la voile. Et mon professeur me dit toujours « Mais reste ferme avec les pieds ! » Et oui, j’ai regardé les vidéos et c’est vraiment comme quand je suis sur scène avec Camilla Sparksss.
Ils m’ont demandé si j’ai étudié la danse classique mais ce n’est pas le cas

Oui, c’est vraiment de la danse. Tu as une sorte de mouvement des pieds. Et en même temps, tu es toujours en train de bouger comme ça. C’est très hypnotique.

C’est très étrange. Je ne me rends pas compte que je fais ça.

Tu es aussi une artiste protéiforme. Tu fais aussi des films, des clips. Tu as beaucoup de cordes à ton arc. Tu as eu un prix en 2025, pour Watch Me. Comment tu imagines l’art ? Est-ce que ça fait vraiment partie de ta vie ? Est-ce que ta vie quotidienne nourris aussi ton art ?

Mon art est très instinctif. Je ne fais que ça dans la vie.
Je n’ai pas vraiment de vie quotidienne en dehors de ça. Vraiment, ce n’est pas une chose que tu choisis, que tu dis. Tu sais, même quand je fais un dîner pour les amis, c’est un art. C’est un miracle quand ça sort bien (rires) Je ne considère pas que je suis un artiste technique, tu sais. Je n’ai jamais étudié la musique. Oui, j’ai étudié le cinéma.

Tu as fait de la communication visuelle, je crois.

Très général. Je crois que j’ai un peu la façon de faire l’art dans toutes les choses que je fais, même quand je… cuisine. Et oui, je crois que c’est plutôt une approche à faire les choses. C’est très instinctif. Des fois, je suis artistique même quand je lave les vêtements. C’est de l’art aussi, non?

Sur tes pochettes d’albums, c’est toujours toi, avec des costumes totalement improbables. Et je me demandais quelle était l’histoire derrière tout ça.

Parce que c’est à chaque fois improbable. Pour moi, c’est toujours une histoire… Chaque album est visuel. Pour ICI RUN  j’ai désigné le costume puis je l’ai fait faire par un couturier.
J’aime que Camilla Sparksss soit un peu fashion. Donc je travaille toujours avec un photographe de mode de Milan.
Pour le dernier album, j’aime cette idée de renégat. Un rebelle qui s’échappe de la vie à moto. Et donc l’idée du costume, c’était quelque chose d’un peu biker. Tu sais, avec le dos, un peu comme ça. C’est un peu un mix.

Tu n’as jamais envie d’avoir ces costumes sur scène ?

Sur scène, c’est différent parce que je n’aime pas le moment avant d’aller sur scène et penser je dois mettre mon costume maintenant. Sur scène, j’aime que ce soit très humain.

Si tu devais choisir une œuvre, que ce soit un film, un livre, une série, ce que tu veux, qui te définit ou que tu as souvent en tête, qu’est-ce que ce serait ?

Le livre Jonathan Livingston, le goéland de Richard Bach. Tu connais ?

Non.

C’est un oiseau qui veut voler plus loin. C’est un livre pour les enfants mais aussi pour les adultes. Je crois que ça me représente beaucoup son histoire. C’est un goéland qui est un peu contre le système. Qui ne veut pas être juste un oiseau de chasse, mais il veut aussi être un oiseau qui peut voler loin et haut.

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