Spring Time Blues : un retour poétique pour newhvn

Derrière l’énigmatique nom newhvn se cache les irlandais d’A Burial At Sea. Ils ont sorti cette année un nouvel album, bien différent des précédents : Spring Time Blues. Un mélange réussi de post-rock, post-hardcore et shoegaze.

Newhvn en concert à Petit Bain
Crédit photo : Berger Marine

Que faire lorsque sa musique change ? Que le centre se déplace ? Il fallait oser, emprunter une nouvelle identité et repartir de zéro, perdre sans doute dans le flux certains auditeurs. « Bold » certains diraient, « folie » pour d’autres. Je crois que depuis mon appartement j’admire ce petit geste, insensé et sincère. Il est à l’image de ces humains que j’ai eu la chance de rencontrer et de photographier il y a quelques mois, depuis la terrasse de la salle de concert Petit Bain. De l’anglais prononcé si vite que je n’y comprenais rien, des rires, des bières et beaucoup d’allégresse.

Cet album reçu en avant-première par Patrick Blaney (un des deux fondateurs du groupe) et que j’ai écouté en boucle, tandis que le printemps s’emparait de Paris. Je me rappelle encore la solitude de ce mois d’avril, les températures élevées et mes pas qui me mènent vers une exposition, celle de Nan Goldin. Dans mes oreilles, cet album qui me réconforte et me rassure tandis que je me dirige vers l’hôpital Salpetrière. Au sein de la Chapelle Saint-Louis, la photographe y dévoile son installation Sisters, Saints, Sibyls. Une oeuvre pour parler des liens familiaux dysfonctionnels, de la maladie et du deuil.

Et tandis que je traverse le pavillon, je me revois venir la boule au ventre des années avant dans ce même endroit, récupérer un traitement invasif et terrifiant. Je fais des ponts dans ma tête et je monte le volume sonore.

C’est au Black Bay Studios, sur l’île Lewis (Ecosse), que les musiciens enregistrent ce nouvel album. Tom Peters (Alpha Male Tea Party) donne vie à leurs idées. Sans jamais se départir de ses racines post-rock, le groupe explore de nouvelles influences, de Pinegrove à The War on Drugs. Il en résulte un album plus « pop », plus langoureux et massif. Les voix de Patrick Blaney et Dara Tohill se confondent, pour évoquer le temps qui passe, les amitiés qui perdurent et la vie qui file.

Certains morceaux me bouleversent plus que d’autres. C’est le cas de Moving Out West et ses quelques mots répétés, « Life is so strange », ses guitares qui s’écrasent, la mélodie qui ne recule devant rien, le tempo qui s’efface pour mieux revenir. Il y a chez newhvn quelque chose de l’ordre de l’indicible, une pensée magique, réconfortante, que rien ne peut nous arriver. Que rien ne peut m’arriver. J’y crois en écoutant ce titre puis en frissonnant sur Holding Back et sa trompette. Cette présence des cuivres, rassurante chez le groupe depuis A Burial At Sea.

Et tandis que parfois les larmes se fraient un chemin jusqu’à moi, je m’imprègne de Son et de sa force. Des voix douces et de la puissance des instruments. Je me plais à l’écouter en boucle, comme une ritournelle qui ne sort pas de ma tête. Lorsque les notes s’arrêtent, elles sont reprises par St. Patrick St, qui me fait irrémédiablement penser à toi. Elle signe l’arrêt de ta voix, ce jour bien spécifique, qui revient chaque année, synonyme de fête et de joie. Une chanson pour accepter la souffrance et embrasser sa propre vulnérabilité.

Finalement, Spring Time Blues qui conclut cet album, réunit le post-rock abrasif d’A Burial At Sea, la poésie incarnée et les sentiments libérés. Les voix, éthérées, apportent l’équilibre parfait. L’équilibre parfait d’un album qui m’a tant accompagné.

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