Trainfantome sublime la mélancolie avec Constant Farewells

Le 22 mai, le quartet Trainfantome sortait son troisième album : Constant Farewells. Entre grunge, sadcore, noise pop et emo, les bretons s’offrent le luxe de ne pas choisir. Il en résulte un disque profondément sincère et généreux. Il est disponible chez Howlin Banana, Flippin’ Freaks et Influenza Records.

Crédit photo : Nicolas Rétine

Il y a des albums qui étonnent, qu’on écoute plusieurs fois sans comprendre, qui nous sortent d’un chemin bien trop balisé. Constant Farewells de Trainfantome en fait partie.

Je me rappelle la sensation ressentie le jour où j’ai lancé la première écoute. Rassurée par les premières notes d’Avoider, les mots qui me parlent déjà, le rythme que je perçois et je comprends. L’explosion de Desire Path, les guitares saturées, la voix éthérée. Le grunge des années 90 et la mélancolie des derniers jours.

Basé entre Lorient et Nantes, Trainfantome existe grâce à la présence d’Olivier Le Tohic, guitariste, chanteur et compositeur. Depuis son premier album, le groupe ne cesse d’expérimenter, poussant le curseur encore plus loin sur celui-ci. Moins pop que THIRST, peut-être moins accessible aussi, mais tellement vivant.

Trainfantome s’est nourri de ses goûts adolescents, de son amour pour la musique, de la scène actuelle, de ses ami.es pour créer Constant Farewells, un album aussi sombre que lumineux. A son image, l’artwork du disque nous happe, nous enveloppe dans ce bleu aussi mélancolique qu’océanique. Un bleu trouble, teinté de noir et d’aspérités. Un cadre dans le cadre, une silhouette au loin qui semble déjà partie et deux êtres en miroir, dominé par tout ce blanc. Un artwork poétique, signé Marina Antonova et Clovis Le Pivert pour le design.

Sur chaque morceau, l’attention portée aux détails. Ici une touche de piano, là une voix éthérée. Olivier Le Tohic s’est entouré de nombreux artistes pour donner vie et magnifier cette œuvre : Kellii Scott des Failure à la batterie sur Here The Mermaids Play, clarence, Teenage Bed et Terreur (membre mystère d’un groupe de black métal). Des humains et humaines aux influences variées. Trainfantome prouve, s’il le fallait encore, qu’il n’est pas nécessaire de s’enfermer dans un moule, que sa musique peut explorer les genres sans jamais trahir l’émotion.

Il y a tant de morceaux que j’ai écouté en boucle sur cet album. rituals et ses sonorités de post black metal. Cette noirceur qui englue et attrape, les mots écorchés. Les hurlements de Terreur et la voix claire d’Olivier Le Tohic. Un mariage parfait. Mais celui qui m’a le plus happé, le plus surprise, c’est RED HERRING. Dès les premières notes, le piano apparait. Puis une voix semblée venue d’ailleurs. Et rapidement des sonorités électroniques, un tempo noir, si noir qu’il ne reste plus qu’à balancer la tête, fermer les yeux, et danser. Du gros boom boom dans mes oreilles pour me rappeler l’époque de la techno dans la forêt. Et à s’intéresser plus en détails au titre du morceau, quelque chose s’éclaire. Red herring ou « hareng rouge », est une expression signifiant « fausse piste ». Un procédé narratif, ici sonore, créant de fausses pistes pour aboutir à un retournement final.

Skins Make One et sa déferlante d’émotions, le rythme qui s’emballe, les effets, la saturation des guitares, la basse omniprésente et Bleeding At The Door, tout de suite. Pétri d’emo(tions). Cet instant qui m’emporte ailleurs, comme si c’était encore possible. Il faut que ça casse, que ça disrupte. Il faut que je sente l’intention, tout ce qui ne se dit pas, ce qui est bloqué là, au creux de soi. Et c’est là, c’est beau et fort.

Il y a tout un monde dans la musique de Trainfantome. On perçoit les deuils en filigrane, l’élan de vie, le retour aux terres, le besoin de créer pour exister. Origami, aux sonorités shoegaze me brise, il éclaire quelque chose en moi. Ça s’appelle la lumière, la joie réparatrice. Le piano en filigrane et la voix que j’aime tant de Teenage Bed. Si la perfection existe, elle s’appelle Origami.

Finalement, c’est avec My lips Taste Like The Ocean que se conclut l’album. Et c’est encore une réussite. Ici, ce sont les géniaux bordelais clarence qui distillent un peu de douceur avant que tout s’effondre sous le poids des guitares saturées et d’un tempo mesuré. Ici la vie, la beauté à l’état pur, la magie des instruments et des accords parfaits. Quelque chose qui se libère, de l’ordre de l’indicible.

Peut-être qu’il faudrait dans nos vies plus de musique semblable à celle de Trainfantome. Une sincérité palpable, des collaborations réussies, une audace farouche et des émotions brutes.

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