Il y a quelques mois, lors du festival Foul Weather au Havre, je rencontrais Enola Gay, groupe irlandais formé en 2019 à Belfast. Si je les avais déjà vus en concert, je reste fascinée par leur énergie et leur générosité. En interview, je découvre des musiciens simples, drôles et engagés. Nous avons parlé d’Irlande du Nord, du monde qui part en vrille, de Frankenstein et bien sûr, de leur musique.

Crédit photo : Argiris Liosis
Vous êtes actifs depuis 2020 et vous avez sorti un certain nombre de singles. Est-ce important pour vous de sortir des morceaux régulièrement ?
Fionn (voix) : Oui, surtout avec la manière dont fonctionne l’industrie aujourd’hui. Les gens ont une capacité d’attention plus courte, et les algorithmes te poussent à sortir du contenu tout le temps pour rester visible. Pour le meilleur ou pour le pire.
Joe (guitare) : Oui, je dirais aussi que c’est important, parce que la musique, c’est une question de dynamique. Cela dit, on n’a pas vraiment réussi à le faire comme on le voudrait, parce que tout coûte de l’argent. Sortir un morceau, faire un clip, le promouvoir à la radio, partir en tournée… ça représente un budget énorme. Mais ça va changer : sur les 12 prochains mois, on a un vrai plan de sorties, avec plein de nouvelles chansons, et même un album. Fionn est tombé dans une marmite d’or ! (rires)
En 2024, vous avez sorti plusieurs titres via le label Audiotree. Comment la collaboration est-elle née ? Et pourquoi cette session live ?
Joe : Honnêtement ? Quelqu’un a foiré notre tournée américaine. Une vraie galère financière. Et pour se faire pardonner, cette personne nous a dégoté la session Audiotree. Un énorme merci à Jeff McClusky, le boss d’Audiotree, un vrai passionné, il a adoré ce qu’on fait. C’était très dernière minute.
Fionn : En fait, c’était un heureux hasard. On avait déjà prévu le Riot Fest aux États-Unis, et Audiotree s’est greffé autour de ça. Finalement, le fait que la tournée soit annulée nous a ouvert à d’autres opportunités. Ça nous a même aidé à aller plus loin.
Joe : Oui, c’était fou quand on a enfin tourné aux États-Unis. Des gens sont venus nous voir parce qu’ils nous avaient découverts via Audiotree. C’est dingue d’entendre des Américains chanter nos paroles.


Enola Gay au Foul Weather Crédit photo : Marine Berger
Le premier morceau que vous avez sorti s’appelle Birth of Nation et il est en réponse au meurtre de George Floyd, le 25 mai 2020. Il sort le 8 juillet, à peine un mois après. Vous pouvez revenir sur la composition ?
Joe : il y avait une manifestation Black Lives Matter qui a eu lieu à Belfast, à peu près au même moment des protestations aux États-Unis. Une de nos amies expliquait ce qu’elle avait vécu, en grandissant en tant que jeune femme noire à Belfast. Et cette vidéo a été récupérée et tronquée par des personnes d’extrême-droite à Belfast. Ils ont fini par la doxxer, en publiant son adresse en ligne. Donc la musique a simplement coïncidé avec ce moment-là ; c’était une réaction viscérale à quelque chose qui venait littéralement de se produire chez nous. Et oui, c’était assez étrange de voir comment tout s’est aligné; la guitare, les sirènes de police, la ligne de basse très répétitive… Le morceau parle un peu de la nature cyclique des choses.
Fionn : Les paroles ont été écrites très rapidement, en deux jours à peine, ce qui explique aussi pourquoi le titre est sorti si peu de temps après. Le lendemain, on avait déjà tout enregistré, on avait une démo. Puis, le jour suivant, je me suis dit : « Il faut qu’on enregistre ça, on devrait probablement le sortir. » On était tous d’accord pour dire que c’était la meilleure chose à faire, alors c’est ce qu’on a fait. Et je suis content qu’on l’ait fait.
Joe : En fait, on a terminé le morceau, puis cinq jours plus tard, on l’a publié sur Facebook. Des gens ont commencé à nous dire de le mettre sur Spotify, alors on l’a fait. Ce n’était pas prévu au départ.
Adam (basse) : Le confinement a été une période très particulière pour sortir de la musique. Beaucoup d’artistes ont vu leurs plans complètement chamboulés. Moi, je n’étais pas encore dans le groupe à ce moment-là. Je les ai rejoints juste après le début du confinement. Il y avait déjà des morceaux enregistrés avant, avec un plan de sortie, mais tout a été mis en pause. Ce morceau-là n’était donc pas censé être le premier à sortir, mais tout s’est aligné parfaitement. Le timing était idéal. Et je pense que ça a permis de donner plus d’élan à ce qu’on avait déjà enregistré auparavant, qui a sans doute eu plus d’impact grâce à ça.
Votre deuxième morceau, Sofa Surfing, est sorti en 2021. Il y a un petit côté Fontaines D.C., non ? On ressent de l’angoisse, quelque chose d’un peu brut. Vous êtes d’accord ?
Fionn : C’est littéralement le premier riff qu’on n’ait jamais enregistré en tant que groupe. Avant même d’avoir un batteur ou un guitariste. Juste moi à la basse, avec une ligne en tête. On l’a enregistré en démo, et voilà.
Joe : Oui, tu parles de Fontaines D.C., mais à ce moment-là, on pensait surtout à prendre la guitare de Girl Band (maintenant Gilla Band), et la basse de Joy Division. C’était littéralement ça, l’idée. Et les paroles, je les ai écrites après une rave, en rentrant chez moi. J’étais en sueur dans mon lit, et tout est sorti d’un coup.


Enola Gay au Foul Weather Crédit photo : Cédric Oberlin
Dans quelle mesure le monde actuel nourrit-il votre musique ? Et que peut faire la musique, selon vous ?
Fionn : Dès le début, on a toujours essayé d’écrire sur des choses réelles, issues du monde concret, plutôt que de faire des chansons d’amour. On a toujours voulu rester proches de nos racines, notamment avec des paroles à caractère politique. Et ça, ça n’a pas vraiment changé. On a pris quelques détours, selon les morceaux, en abordant d’autres thèmes, mais sur le plan sonore et musical, ça a beaucoup évolué depuis nos débuts. Le monde, dans l’état où il est aujourd’hui, ça donne l’impression que les choses ne vont pas s’améliorer. Et c’est de plus en plus difficile, je trouve, d’en tirer quelque chose de digeste, de compréhensible. C’est comme si écrire sur l’état actuel des choses devenait de plus en plus compliqué.
Adam : J’ai l’impression que le « zeitgeist », l’esprit du temps, était plus facile à capter il y a encore cinq ans. Aujourd’hui, c’est bien plus difficile de sentir le pouls de la société. Le monde va tellement vite… c’est de plus en plus dur de trouver sa place. Et puis, les faits sont presque devenus secondaires : les gens n’accordent plus autant d’importance à ce qui est vrai ou faux. Avoir une vision cohérente du monde aujourd’hui, je pense que c’est devenu beaucoup plus difficile.
Joe : Oui, c’est vrai, je suis d’accord. C’est un peu comme si la musique -tout comme la violence- fonctionnait comme une capsule temporelle, reflétant l’état du monde et de la société. Et pour nous, tout ceci vient assez naturellement; on vient d’Irlande du Nord, un pays qui a une longue histoire d’oppression, notamment par les Britanniques. Donc l’aspect politique de notre musique, c’est quelque chose qui fait vraiment partie de notre culture, c’est ancré en nous. On a grandi avec ça, c’est ce qui nous entoure. Alors au final, on ne sait pas vraiment écrire sur autre chose.
Fionn : En ce moment, quand j’écris des paroles pour les nouveaux morceaux, je réfléchis évidemment à ce qui se passe, comme le génocide en cours à Gaza, l’administration américaine, les réseaux sociaux, le contrôle… toutes ces choses-là.
Mais en même temps, tu te rends compte que tu écris sur les mêmes sujets qu’il y a cinq ans. Parce que rien ne change. Et que ça empire. Donc tu te demandes : combien de fois peut-on répéter la même chose encore et encore ? Mais bon… on va continuer à le faire, oui.

Vous êtes habitués au live, vous avez beaucoup tourné en Angleterre dès le début. Comment le public vous a-t-il accueillis ?
Joe : Je pense que les gens sont prêts à être éduqués sur certains sujets. Même une chanson comme PTS.DUP, qui parle du DUP, le parti politique nord-irlandais, eh bien, les gens y sont très réceptifs. En Angleterre, le public devient complètement fou, et en France aussi d’ailleurs. Et je ne dis pas ça juste parce qu’on est en France.
Fionn: Le parcours a vraiment été progressif. Le premier gros tour, c’était en 2022. Au tout début, on jouait devant cinq personnes en Angleterre. Puis dix… et à la fin de la tournée, c’était concert complet sur concert complet, grâce notamment à des vidéos live qu’on postait pour promouvoir les shows. Et cette dynamique a continué en Europe. Notre tout premier concert, c’était à Rennes il y a deux ans, je crois. Puis on a enchaîné avec différents festivals, etc. Les concerts ont été assez réguliers depuis le début.




Enola Gay au Foul Weather Crédit photo : Céline Non
En 2023, vous avez sorti un nouvel EP, Casement. Firma et Terra Firma ont été réalisés avec l’artiste Mount Palomar. L’électronique semble ici prendre le dessus sur votre musique. Vous avez sorti trois versions différentes de ce morceau. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de la version originale ?
Fionn : La version originale de ce morceau a été enregistrée juste avec moi et une guitare, chez ma grand-mère. C’était complètement à part du groupe, à l’origine.
Joe : Puis, on avait besoin d’un morceau supplémentaire pour compléter l’EP. Mount Palomar est un ami et il nous pousse vraiment à donner le meilleur de nous-même en studio. Il nous pousse aussi dans l’écriture des paroles, l’enregistrement des voix… On a beaucoup appris à ses côtés. C’est clairement une des meilleures personnes qu’on ait rencontrées pour enregistrer de la musique.
Adam : Une a été faite spécialement pour la radio, donc on l’a sortie comme un signal indépendant. Les autres versions permettaient de faire la transition entre deux morceaux, pour que l’EP ait une forme plus cohérente, un enchaînement fluide. Mais bon, c’est un peu la réponse ennuyeuse. En vrai, Firma et Terra Firma, c’est surtout un seul morceau en deux parties.
En 2024 vous avez sorti Cold et Cortana, que je trouve différent du reste. Avec ces morceaux vous semblez plus apaisés, est-ce que c’est le cas ?
Joe : Cold était la troisième chanson qu’on ait jamais écrite, bien avant Birth Nation. On la joue depuis notre premier concert et ce n’est pas que nous ayons changé ou quoi que ce soit, c’est juste que c’est vraiment le son qu’on a toujours eu. On est plus qu’un simple groupe qui crie et joue des guitares lourdes, c’est ce qu’on a toujours été, on n’a juste pas eu l’argent pour l’enregistrer, c’est vraiment ça. (rires)
Adam : Je sens qu’on a trouvé nos marques en travaillant avec Mount Palomar et du côté de l’enregistrement. Donc je pense que c’est peut-être pour ça que tu as l’impression d’un peu plus d’équilibre. On a trouvé ce qu’on aime sur le plan sonore dans nos enregistrements, et Neil est vraiment bon pour nous aider à obtenir ça. Donc c’est agréable à entendre en fait, c’est sympa d’entendre que tu ressens ça à propos de l’album.
Si vous deviez choisir une œuvre d’art qui vous définit, ou du moins une œuvre à laquelle vous revenez toujours en pensée… ce serait quoi ? Pas forcément un chef-d’œuvre ! Ça peut être quelque chose de totalement subjectif, voire un peu honteux. Comme une Madeleine de Proust, vous voyez ?
Adam: Je pense à un tableau qui est exposé dans une galerie à Dublin, de l’artiste Louis le Brocquy, qui s’appelle A Family. C’est une œuvre qui m’a toujours marqué. Je trouve qu’elle porte un commentaire subtil sur la manière dont la technologie peut nuire aux liens familiaux et à la société en général. C’était d’ailleurs l’intention de l’artiste. Il y a une sorte d’énergie dans cette peinture, une tension… Et à chaque fois que je me sens critique envers la manière dont la technologie impacte les relations humaines, je repense à ce tableau. C’est une œuvre que j’aime revoir parce qu’elle m’apporte toujours un nouveau regard.
Luke (batterie) : Moi je dirais Climax de Gaspar Noé.
Quand j’imagine des clips pour certains de nos morceaux, j’imagine souvent une ambiance à la Climax, il y a des plans vraiment fous, très dérangeants parfois, et ce côté un peu malsain colle bien à certaines de nos chansons qui sont elles aussi un peu bizarres, un peu inquiétantes.
Joe : Toxicity de System of a Down.
Cet album m’a vraiment ouvert à la politique. Je lui dois beaucoup.
En grandissant à Belfast, on est très vite exposé à la politique, au point que, petits, on finit presque par la rejeter parce qu’on en a marre. À cinq ans, on en a déjà trop vu. Mais Toxicity, ça m’a permis de m’y reconnecter différemment. Ça m’a éveillé à la manière dont les choses fonctionnent, et ça m’a donné un nouveau regard que j’ai pu appliquer à mon propre quartier.
Fionn : Je vais dire Frankenstein. C’est un livre incroyable, sur un type qui perd complètement la tête… Et c’est à mille lieues de l’image qu’on a dans la culture pop. J’ai l’impression de pouvoir m’identifier à ça. Et puis je ne l’ai jamais terminé. (rires) Donc voilà, ça me définit bien je crois.
ENGLISH VERSION
You’ve been active since 2020 and have released a number of singles. Is it important for you to release tracks regularly?
Fionn (vocals): Yes, especially with the way the industry works today. People have shorter attention spans, and the algorithms push you to put out content all the time to stay visible. For better or for worse.
Joe (guitar): Yeah, I’d also say it’s important, because music is all about momentum. That said, we haven’t really managed to do it the way we’d like, because everything costs money. Releasing a track, making a music video, promoting it on the radio, going on tour… it all adds up to a huge budget. But that’s going to change: over the next 12 months, we’ve got a real release plan with loads of new songs, and even an album. Fionn fell into a pot of gold! (laughs)
In 2024, you released several tracks through the Audiotree label. How did that collaboration come about? And why that live session?
Joe: Honestly? Someone messed up our U.S. tour. A real financial nightmare. And to make it up to us, that person landed us the Audiotree session. Huge thanks to Jeff McClusky, the boss at Audiotree—he’s a real music lover, he loved what we do. It was all very last-minute.
Fionn: Actually, it was a happy accident. We had already planned to play Riot Fest in the U.S., and Audiotree got added around that. In the end, the fact that the tour was cancelled opened us up to other opportunities. It even helped us go further.
Joe: Yeah, it was crazy when we finally toured the U.S. People came to see us because they had discovered us through Audiotree. It’s wild hearing Americans sing our lyrics.



Enola Gay au Foul Weather Crédit photo : Cédric Oberlin
The first track you released is called Birth of Nation, and it was a response to the murder of George Floyd on May 25, 2020. It came out on July 8, barely a month later. Can you talk about the songwriting process?
Joe: There was a Black Lives Matter protest happening in Belfast around the same time as the demonstrations in the U.S. One of our friends was explaining what she had experienced growing up as a young Black woman in Belfast. And that video was picked up and cut up by far-right people in Belfast. They ended up doxxing her, posting her address online. So the music just coincided with that moment; it was a visceral reaction to something that had literally just happened right where we live. And yeah, it was pretty strange to see how everything aligned — the guitar, the police sirens, the very repetitive bassline… The track is partly about the cyclical nature of things.
Fionn: The lyrics were written very quickly — in barely two days — which also explains why the track was released so soon after. The next day we had already recorded everything, we had a demo. Then the following day I thought, “We need to record this properly, we should probably release it.” We all agreed it was the right thing to do, so that’s what we did. And I’m glad we did.
Joe: Basically, we finished the track and five days later we posted it on Facebook. People started telling us to put it on Spotify, so we did. It wasn’t planned at all at first.
Adam (bass): Lockdown was a very strange time to release music. A lot of artists had their plans completely turned upside down. I wasn’t in the band yet at that point — I joined just after lockdown began. They already had tracks recorded, with a release plan, but everything got put on hold. So this track wasn’t supposed to be the first one to come out, but everything just lined up perfectly. The timing was ideal. And I think it helped give more momentum to what they had already recorded before, which probably had a bigger impact because of it.
Your second track, Sofa Surfing, came out in 2021. There’s a bit of a Fontaines D.C. vibe, isn’t there? You can feel some anxiety, something a bit raw. Do you agree
Fionn: It’s literally the first riff we ever recorded as a band. Before we even had a drummer or a guitarist. Just me on bass, with a line in mind. We recorded a demo, and that was it.
Joe: Yeah, you mention Fontaines D.C., but at that time we were mostly thinking of taking the guitar from Girl Band (now Gilla Band) and the bass from Joy Division. That was literally the idea. And I wrote the lyrics after a rave, coming home. I was sweating in my bed, and it all came out at once.
To what extent does the current world feed your music? And what do you think music can do?
Fionn: From the beginning, we’ve always tried to write about real things, drawn from the concrete world, rather than making love songs. We’ve always wanted to stay close to our roots, especially with lyrics that have a political edge. And that hasn’t really changed. We’ve taken a few detours depending on the tracks, exploring other themes, but sonically and musically, things have evolved a lot since our early days. The world, in the state it’s in today, gives the impression that things aren’t going to get better. And I find it increasingly difficult to turn that into something digestible, something understandable. It feels like writing about the current state of things is becoming more and more complicated.
Adam: I feel like the “zeitgeist,” the spirit of the times, was easier to grasp even five years ago. Today, it’s much harder to feel the pulse of society. The world is moving so fast… it’s increasingly difficult to find your place. And facts have almost become secondary: people don’t care as much about what’s true or false. Having a coherent vision of the world today, I think that’s become much more difficult.
Joe: Yeah, that’s true, I agree. It’s a bit like music — just like violence — works as a time capsule, reflecting the state of the world and of society. And for us, all of this comes quite naturally; we’re from Northern Ireland, a country with a long history of oppression, especially by the British. So the political aspect of our music is something that’s really part of our culture, it’s ingrained in us. We grew up with it, it’s what surrounds us. So in the end, we don’t really know how to write about anything else.
Fionn: Right now, when I’m writing lyrics for the new tracks, I’m obviously thinking about what’s happening — the ongoing genocide in Gaza, the U.S. administration, social media, control… all of those things.
But at the same time, you realise you’re writing about the same subjects you were writing about five years ago. Because nothing changes. And it’s getting worse. So you wonder: how many times can we repeat the same thing over and over? But well… we’re going to keep doing it, yes.



Enola Gay au Foul Weather Crédit photo : Céline Non
You’re used to live shows, and you toured a lot in England from the beginning. How did the audience receive you?
Joe: I think people are ready to be educated on certain topics. Even a song like PTS.DUP, which talks about the DUP, the Northern Irish political party, people are very receptive to it. In England, the audience goes completely crazy, and in France too, actually. And I’m not just saying that because we’re in France.
In 2023, you released a new EP, Casement. Firma and Terra Firma were made with the artist Mount Palomar. Here, the electronic side seems to take over your music. You released three different versions of this track. Can you tell us the story of the original version?
Fionn: The original version of this track was recorded just with me and a guitar, at my grandmother’s. It was completely separate from the band at first.
Joe: Then we needed an extra track to complete the EP. Mount Palomar is a friend, and he really pushes us to give our best in the studio. He also pushes us in writing lyrics, recording vocals… We learned a lot working alongside him. He’s clearly one of the best people we’ve met for recording music.
Adam: One version was made especially for radio, so we released it as a standalone signal. The other versions helped make the transition between two tracks, so the EP would have a more coherent structure, a smoother flow. But honestly, that’s the boring answer. In reality, Firma and Terra Firma are basically one track in two parts.
In 2024, you released Cold and Cortana, which I find different from the rest. With these tracks, you seem calmer — is that the case?
Joe: Cold was the third song we ever wrote, way before Birth of Nation. We’ve been playing it since our first concert, and it’s not that we’ve changed or anything; it’s just really the sound we’ve always had. We’re more than just a band that screams and plays heavy guitars — that’s what we’ve always been, we just didn’t have the money to record it properly, that’s really it. (laughs)
Adam: I feel like we’ve found our footing working with Mount Palomar and in the recording process. So maybe that’s why you sense a bit more balance. We’ve figured out what we like sonically in our recordings, and Neil is really good at helping us achieve that. So it’s nice to hear, actually, that you feel that about the album.
If you had to choose a work of art that defines you, or at least one you always return to in thought… what would it be? Not necessarily a masterpiece! It can be something completely subjective, even a little embarrassing. Like a Proustian Madeleine, you know?
Adam: I think of a painting displayed in a gallery in Dublin, by the artist Louis le Brocquy, called A Family. It’s a work that has always struck me. I think it carries a subtle commentary on how technology can harm family bonds and society in general. That was actually the artist’s intention. There’s a certain energy in the painting, a tension… And whenever I feel critical of how technology impacts human relationships, I think back to this painting. It’s a work I like to revisit because it always gives me a new perspective.
Luke (drums): I’d say Climax by Gaspar Noé.
When I imagine music videos for some of our tracks, I often imagine an atmosphere like Climax. There are shots that are really wild, sometimes very disturbing, and that slightly unsettling side fits some of our songs, which are also a bit strange, a bit unsettling.
Joe: Toxicity by System of a Down.
That album really opened me up to politics. I owe it a lot. Growing up in Belfast, you’re exposed to politics very early, to the point that as a kid you almost reject it because you’ve had enough. By the age of five, you’ve already seen too much. But Toxicity allowed me to reconnect with it differently. It made me aware of how things work, and it gave me a new perspective that I could apply to my own neighborhood.
Fionn: I’ll say Frankenstein. It’s an incredible book, about a guy who completely loses his mind… And it’s a thousand miles away from the image we have in pop culture. I feel like I can identify with it. And I’ve never actually finished it. (laughs) So yeah, I think it defines me well.

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