Après deux albums en 2022 et 2023, Sarakiniko vient de sortir un nouvel EP, Grand Œil. Toujours plus pop, toujours plus poétique. Sans prétention si ce n’est les frissons, Madeleine de Proust c’est l’occasion de faire un bond dans le passé et raviver les souvenirs, en évoquant des œuvres culturelles qui n’appartiennent qu’à nous.


Sarakiniko est dans ma vie depuis son premier album, Red Forest, sorti en 2022. J’ai tout de suite été happée par les mots, la joie qui émane de ses morceaux et la poésie liée à la vie. Grand Oeil ne déroge pas à la règle. Ces cinq morceaux se découvrent en français autour de refrains évocateurs, emmêlés de voix féminines. Petite surprise avec Galactic Pot Healer, qui ferme l’EP. Une reprise de Vox Low hallucinée et hallucinante.
Un film dont vous citez souvent les répliques ?
Ça fait 5 ans que je n’ai pas regardé de films, de séries… C’est étrange quand je repense à ma vie qui était occupée chaque soir par des divertissements audiovisuels. Souvent on associe un film à une période de notre vie. Ça me dérange un peu maintenant car je préfère passer plus de temps dans le réel quand je ne suis pas dans ma musique.
Néanmoins j’ai un film de cœur, que je trouve si drôle, qui est Les Trois Frères des Inconnus. Sous couvert de citations et situations grossières et légères « On a tué l’mort! », « ma mère est hôtesse de l’air, c’est pas une pute, hein », « des artistes peintres qui peignent des peintures » …, il y a une véritable profondeur dans ce film qui me raconte d’une autre manière Le Petit Prince de Saint Exupéry. Ça parle d’enfance et des difficultés à devenir ces adultes bien dans le moule de la société. Les trois frères naviguent comme le petit prince, de planète en planète, pour faire face aux adultes intéressés par l’argent, le pouvoir, la superficialité, la justice… en étant si innocents, et puérils. Ils veulent aussi accéder à toutes ces choses, mais n’y arrivent jamais. On peut les voir comme de gros ratés ou comme des enfants célestes qui nous montrent l’absurdité de notre société. Je trouve ça beau.
Comment ne pas parler aussi de l’œuvre d’Alexandre Astier ? Kaamelott, une bible ! J’aime la dichotomie entre le registre de langage soutenue qui se fait sabrer sans qu’on s’y attende par de la vulgarité. Ça donne beaucoup de puissance à l’humour. Je ne pourrais jamais me lasser du roi Loth / François Rollin et de son discours dans le livre 4 « Cher camarades… », toutes ses interventions sont toujours géniales. C’est un humour qui à mon sens demande beaucoup plus de célérité et une fois qu’il vous prend vous ne pouvez plus vous en défaire.
Si vous deviez résumer votre rapport à la musique avec une œuvre d’art ?
Plutôt un courant artistique. Je me sens proche du mouvement de l’Art Brut et de la vision de Jean Dubuffet sur cette Asphyxiante Culture. Même si je ne suis pas coupé des autres artistes, si j’ai beaucoup de groupes, de sons que j’apprécie, je vois ma création comme une petite île sans prétention, perdue dans l’océan. Je sais qu’avec Sarakiniko il y a de l’authenticité, il y a une quête de liberté sonore, tout un monde se déploie dans mon esprit.
La chanson qui vous rappelle instantanément de bons souvenirs ?
Live Forever d’Oasis, même si ce n’est pas ma préférée. Quand je finissais l’école, mon frère venait me chercher avec sa Polo. A l’époque il n’y avait pas de lecteur cd dans les voitures, en tout cas lui n’en avait pas… Il avait installé sa chaîne hifi dans son coffre avec des enceintes qui envoyaient le son à fond. Ça m’impressionnait. C’est mon frère qui m’a fait découvrir le son d’Oasis et c’est peut-être cette façon de l’écouter, si 90’s, si cinématographique pour mes yeux d’enfant, qui me le fait aimer encore plus et toujours d’ailleurs. Par la suite, je lui avais piqué un best-of de Jesus and Mary Chain. Le cd était resté coincé dans ma chaîne hifi. Je ne pouvais plus sortir le CD. Alors c’est cet album qui a tourné en boucle dans ma chambre. J’ai bien été forcé d’écouter et après 75 écoutes du CD de A à Z, j’ai pu comprendre leur musique.
La photo de vous enfant que vous avez toujours près de vous ?
Je trouverais ça étrange d’avoir une photo de moi-même près de moi. Une trace que j’ai de mon enfance avec moi, c’est cette vidéo de famille que j’ai réutilisé pour le clip de L’Avenir la Fin sur le deuxième album. J’y apparais quelques secondes. Morgane, ma femme en a fait un dessin pour la pochette de mon album Dehors. C’est sûrement cette représentation de moi petit que je côtoie le plus.
Prochaines dates :
11/12/25 Release Party – Le Chinois – Montreuil
27/09/25 Le Ferrailleur – Nantes avec Vox Low
29/06/25 Festival L’Armor à Sons – Bobital
23/05/25 La Grande Ourse – Guingamp
09/04/25 Le Temps Machine – Tours – en première partie des Limiñanas
08/04/25 Le Transbordeur – Lyon en première partie des Limiñanas

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