La californienne Syko Friend a sorti il y a quelques jours son nouvel album, Dizzy Magic. Un quatrième opus empreint de voix velours et de mots susurrés. Le rythme est lancinant, les guitares bien campées. Une musique entre indie rock, folk et noise. Sans prétention si ce n’est les frissons, Madeleine de Proust c’est l’occasion de faire un bond dans le passé et raviver les souvenirs, en évoquant des œuvres culturelles qui n’appartiennent qu’à nous.


Rémi (Fun Club) m’envoie peu d’albums mais lorsqu’il le fait, il touche généralement pile là où ça fait mal. Syko Friend fait partie de ces artistes à la voix torturée, qui semble exister par les sonorités. Elle construit une musique sombre et délicate pour les personnes aventureuses et passionnées. Je l’imagine déjà en concert, le regard droit et le sourire franc. L’artiste fait partie de ces humains que l’on a envie de suivre, encore et encore, sans comprendre pourquoi on ne les connaissait pas avant.
Quel est le livre/BD que tu ne quittes jamais ?
J’ai beaucoup puisé d’inspiration dans le catalogue d’exposition “Who is Sleeping on My Pillow?”, une exposition des artistes (et couple marié) Karin Mamma Andersson et Jockum Nordström. J’ai ce livre depuis plus de 15 ans et il m’a suivi dans beaucoup de déménagements. Je l’ai acheté à une époque où je n’avais pas beaucoup d’argent, mais je savais que ce serait quelque chose qui m’apporterait de la joie.
L’album que tes parents t’ont fait découvrir et que tu écoutes encore ?
Sly and the Family Stone “Fresh”. Après le décès de Sly cette année, je suis beaucoup revenue à ce disque, réalisant à quel point je le connaissais intimement. Un album incroyable, je pense même que la pochette m’a influencée, une image si forte avec ce texte.
Si tu devais résumer ton rapport à la musique avec une œuvre d’art ?
L’album de Caethua “The Long Afternoon of Earth”. Clay (Caethua, Clay Camero) est devenue une amie depuis la première fois que je l’ai vue jouer, et quand j’ai acheté la cassette auprès d’elle, ça a été comme un portail vers la prochaine phase de ma vie, à ce moment-là. Je reviens souvent à ses chansons pour retrouver l’état d’esprit dans lequel j’étais alors, celui qui m’a poussée à commencer à faire de la musique par moi-même. Cet album a transformé ma relation à la musique, il m’a semblé être un lieu dans lequel je pouvais me réfugier.
La chanson qui te rappelle instantanément de bons souvenirs ?
The Slits “Ping Pong Affair”. Je pense que c’était probablement la première chanson des Slits que j’ai connue, grâce à une mixtape que ma meilleure amie au lycée (coucou Emily Styles) m’avait faite. Le sens du rythme et la mélodie vocale m’avaient vraiment époustouflée, les paroles m’ont toujours fait rire, mais elles étaient aussi très parlantes pour moi à l’époque. J’imagine que ça a planté une graine précoce de création musicale en tant que jeune femme. Ça me rappelle toujours de bons souvenirs de balades en voiture sans but, à fumer, sortir tard et manger dans notre diner punk préféré.
Une œuvre d’art étudiée à l’école que tu as toujours en tête ?
Joseph Beuys “I Like America and America Likes Me”. Je ne me souviens pas exactement de l’époque ni du cours où on me l’a montrée, j’ai fini par suivre beaucoup de cours d’histoire de l’art dans ma vie ! Mais elle m’avait marquée à l’époque et continue de se déployer au fil des années. Je crois profondément en cette œuvre et je sens qu’elle a influencé ma façon d’aborder la performance et la présence non théâtrale. Les images issues de la documentation me frappent encore très intensément.
La photo de toi enfant que tu as toujours près de toi ?
Deux polaroids, un avec mon père et un avec ma mère, pris la même année environ, que je garde sur mon étagère.
La chanson que tu écoutes quand ça ne va pas ?
Ces temps-ci, j’écoute Joanna Newsom “Only Skin”. Chanter m’aide vraiment quand je suis triste ou de mauvaise humeur, cette chanson contient tous les ingrédients pour faire bouger les émotions, que ce soit pour pleurer ou pour chanter fort. Forcer ma voix est vraiment ma façon d’affronter les choses.

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