Osam, artiste d’origine palestinienne vient de sortir un nouvel EP, Mars. Un voyage sans frontière où l’oud se mêle aux sonorités électroniques. Sans prétention si ce n’est les frissons, Madeleine de Proust c’est l’occasion de faire un bond dans le passé et raviver les souvenirs, en évoquant des œuvres culturelles qui n’appartiennent qu’à nous.


Trois morceaux. Trois petits morceaux. Un voyage. Un long voyage. Entre l’Orient et l’Occident. Entre sonorités orientales et électroniques, Osam façonne un univers singulier, où violons, beat saccadé et oud se rencontrent et s’entremêlent. Une musique riche, empreinte de finesse et d’émotions.
Un livre/BD qui ne vous quitte jamais ?
Je n’ai pas forcément un livre fétiche que je transporte partout, mais je pense que les images et les films m’ont toujours plus marqué que la littérature. J’ai fait des études de cinéma, et certains films sont restés gravés en moi comme des livres qu’on relit souvent.
Le morceau qui vous rappelle instantanément des bons souvenirs?
J’ai un rapport un peu étrange avec les choses qui me ramènent dans le passé, même quand ce sont de beaux souvenirs. Le passé a tendance à me rendre un peu triste. Du coup, ce sont plutôt les morceaux qui me font vivre le moment présent pleinement qui me marquent le plus.
Je vais donc citer un son que j’écoute en boucle en ce moment et qui me fait sourire : Aïe Aïe Aïe de Odezenne.
Une œuvre d’art étudiée que vous gardez en tête ?
Un film qui m’a profondément marqué pendant mes études de cinéma, c’est In the Mood for Love de Wong Kar-wai. Il y a quelque chose dans ce film qui est resté incarné dans ma tête : sa beauté, sa sensibilité, son rythme, et évidemment sa musique, notamment Yumeji’s Theme, composée par Shigeru Umebayashi. Je pense que toute son esthétique m’a beaucoup influencé, même inconsciemment.
La photo de vous enfant que vous avez toujours près de vous ?
J’ai une photo de moi petit à l’école où j’ai l’air complètement perdu, presque désespéré d’être là. Je n’aimais pas l’école, et encore moins l’obligation de faire partie d’un groupe ou de parler devant les autres. C’est quelque chose qui me terrifie encore aujourd’hui. J’aime bien cette photo parce qu’elle me rappelle que l’introverti en moi n’a finalement jamais vraiment changé.
L’album que vos parents vous ont fait découvrir et que vous écoutez toujours ?
Ma mère m’a fait découvrir les cassettes de Marcel Khalifé quand j’étais petit. À une époque, sa musique était interdite au Qatar, donc les quelques cassettes qu’on pouvait retrouver à la maison étaient un bijou. Jeune adolescent, j’ai eu la chance de rencontrer Marcel, qui m’a offert toute sa collection de CD. Ils m’accompagnent toujours là où je vais et me tiennent compagnie sur l’étagère de mon studio d’enregistrement à Paris.
Si vous deviez résumer votre rapport à la musique avec une œuvre ?
Berghain de Rosalía avec Björk. Ce morceau casse les codes et mélange des univers très éloignés, avec une vraie prise de risque — que ce soit dans la langue, le style vocal ou les choix d’arrangement, complètement inattendus.
Il faut beaucoup de sensibilité et de justesse pour réussir un mélange aussi audacieux sans qu’il perde son équilibre. Ce n’est peut-être pas mon morceau préféré de tous les temps, mais c’est l’un des plus audacieux que j’ai écoutés récemment, et je pense que cette liberté et cette prise de risque représentent assez bien mon rapport à la musique.

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