Pretty Inside cicatrise avec Ever Gonna Heal

Les bordelais de Pretty Inside nous ont offert pour les fêtes de fin d’année un nouvel album, Ever Gonna Heal. Douze titres intimes, façonnés avec passion et nourris par leurs expériences collectives.

Crédit photo : Eddie FZone

Tout de suite je suis happée par l’artwork de l’album. Sans saisir réellement ce qui s’y joue j’imagine son histoire, celle d’une photo argentique mystérieuse retrouvée dans des tiroirs rouillés. La robe de mariée est emmêlée dans l’arbre nu et les fantômes veillent sur elle. Puis j’apprends ensuite que je fixe intensément « un arbre à loques », un arbre qu’on orne de vêtements, pour obtenir la guérison d’une maladie. La croyance voudrait que la maladie s’agrippe à l’arbre, qu’il prenne le mal. Alors, je réalise que tout prend sens. Ever Gonna Heal qui donne son titre à l’album, la démarche qui me parle si fort, les paroles qui restent ancrées dans ma tête, la voix qui hurle et les sonorités qui épaulent.

J’aurais aimé connaître cette coutume avant. Peut-être que j’aurais pu éradiquer le poison, court-circuiter ses plans et injecter son liquide vénale dans un arbre déjà usé. J’aurais pu distiller de la symbolique, de la poétique au sein d’une maladie qui prend déjà tout.

Mais ce n’est plus possible. Alors je lance l’écoute de l’album.

Artwork : Anna Salzet

Je suis familière de Pretty Inside, de leurs albums et de leurs lives. Alors quelle joie d’écouter un nouveau disque.
La formation voit le jour en 2021 grâce à Alexis Deux-Seize (actif au sein du collectifFlippin’ Freaks et bassiste d’Opinion). Le premier album, Grow Up! dévoile l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Mais les morceaux de garage rock, mâtinés de power-pop, ont laissé la place à une colère cathartique avec ce troisième album, Ever Gonna Heal.

Alexis Deux-Seize donne à sa voix le lieu pour exister; elle est douce, effacée mais aussi entièrement présente, dans ses fêlures, ses doutes et ses cris. « Are you away ? » ne cesse de se répéter sur le premier morceau. The Person That I Hate libère également cet aspect emo, où les mots ont besoin d’être dits plus forts, plus vite.

Naviguant entre le grunge, le garage et la folk, Pretty Inside construit un album empreint de trésors, de petits détails que l’on découvre à chaque nouvelle écoute. Car Ever Gonna Heal est fait avec amour, avec les mains sales, avec le cœur plein. Ever Gonna Heal suinte la sincérité, le refus de compromis et la volonté de se dépasser. Il y autant d’Elliott Smith que de Nine Inch Nails. Les ballades croisent les guitares saturées, jusqu’à se mélanger : Clairvoyance se laisse bercer par des chœurs sacrés répétant « Are you happier ? » avant que le souffle devienne rauque et que les pédales prennent de la vitesse dans un rythme dément. Bâti pour le live, le morceau happe. Il y a tellement de saturation, tellement de voix qui se chevauchent.

Entre urgence et apaisement, Pretty Inside ne choisit pas. Bill Carter Is Watching You et son xylophone propose une respiration, une soupape de compression, tandis que des morceaux comme The Person That I Hate, Useless Thrill et Ever Gonna Heal nous embarque instantanément dans les entrailles de la bête créative.

The Person That I Hate s’adresse à celles et ceux qui ne s’aiment plus et qui se hurlent des horreurs devant la glace, chaque matin. Cette souffrance, cette haine de soi transparait à travers une esthétique grunge des années 90, teintée de gimmicks addictifs. Useless Thrill, un de mes morceaux préférés, se construit sur une rythmique dense et saturée. Le mal-être étouffe et « I start to get upset » se répète en boucle sous fond d’urgence et de sonorités datées. Ever Gonna Heal alors pour conclure. Une ballade qui n’en est pas une, des riffs énervés et ces quelques mots : « But are you ever gonna heal ? ».

Il y a dans ce titre, mais aussi dans (Please Don’t Hide From) The Sunbeams cette idée, je crois, que nous sommes aussi autre chose que nos problèmes, qu’on peut reprendre des couleurs, reprendre goût à la vie ou bien rester un poil bizarre, un peu patraque. Peut-être qu’il y a de la place pour tout le monde dans ce quotidien violent et bizarre.

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