Les frissons de L’Effondras

Le trio l’Effondras est de retour depuis le 31 octobre dernier avec un nouvel EP : Ethel / Macon Heights. Deux titres puissants et prenants, entre slowcore, grunge et post-rock. Sans prétention si ce n’est les frissons, Madeleine de Proust c’est l’occasion de faire un bond dans le passé et raviver les souvenirs, en évoquant des œuvres culturelles qui n’appartiennent qu’à nous.

Si je suis incapable de savoir le nombre de fois où j’ai vu l’Effondras en concert, je peux en revanche décrire avec certitude les émotions ressenties. Sensation de plénitude, les idées qui crépitent et l’assurance d’être à la bonne place. Alors, lorsque Ethel / Macon Heights se dévoile, je suis conquise. Douze minutes d’exploration, de noirceur, de densité et d’apesanteur. Vivement la suite.

Quel est le livre que vous ne quittez jamais ?

Pierre (guitare/voix) : Je dirais Le Mariage du Ciel et de l’Enfer de William Blake ou des poèmes de Georg Trakl, j’y reviens assez régulièrement.

Nicolas (batterie) : Le journal de Jules Renard. Je ne suis pas un grand lecteur, et j’ai commencé celui-ci il y a bien 15 ans. Il est en 4 tomes. Je trouve ça marrant de lire sur plusieurs années le journal de quelqu’un. Il n’y a pas vraiment d’histoire à suivre, et j’aime ça.

Raoul (guitare) : Kurt Vonnegut, Slaughterhouse 5. J’ai offert ce bouquin à 5 personnes, qui ne l’ont toujours pas lu. Ce livre m’a accompagné sur une tournée en solo Espagne/Portugal. Chaque jour je n’attendais qu’une chose : me retrouver dans un bus, un train, pour dévorer les pages.

L’album que vos parents vous ont fait découvrir et que vous écoutez encore ?

Pierre : Le premier album des Doors… que j’ai d’abord trouvé kitsch et dont je n’ai saisi la portée qu’après avoir commencé à fumer des joints…

Nicolas : Mes parents n’écoutaient pas de musique, donc aucun.

Raoul : Beatles, Revolver. Sûrement très cliché, mais quand même, merci Papa. C’était soit ça, soit la compil “Tout Eddy”.

Le morceau qui vous rappelle instantanément des bons souvenirs?

Pierre : Eyesore de Women qui me rappelle un petit périple à Utrecht pour le Guess Who Festival en 2014. J’avais travaillé une semaine de nuit comme agent d’entretien dans un abattoir pour me payer le voyage et partir directement le matin suivant. J’étais donc à la fois complètement déphasé et très euphorique. Women est un groupe que j’écoutais pas mal à l’époque et je trouve ce titre en particulier assez fabuleux, lumineux et plein de promesses. Il me rappelle les canaux et la lumière du Nord et ce lâcher prise qu’on éprouve quand on tombe amoureux.

Nicolas : Clogger, de 16 Horsepower. C’est un morceau que j’ai écouté des centaines de fois en voiture, quand j’avais la vingtaine et que je partais répéter, faire des concerts, des courses ou voyager. C’était le premier morceau d’un cd que j’avais compilé, et il me rappelle une période insouciante.

Raoul : En 2019, posé sur un rocher avec vue sur l’Adriatique, et The Final Push To The Sum de Grandaddy dans les oreilles. Sumday me ramènera toujours au crépuscule de ma vingtaine, et au scintillement des reflets de la mer.

Un film dont vous citez les dialogues ?

Pierre : Je fais pas vraiment ça… Ou alors les seules fois ça devait être Dumb & Dumber ou La Cité de la Peur, je le crains.

Nicolas :Braindead, et Forrest Gump. Deux films que j’adore pour des raisons bien différentes évidemment! 🙂
“Elle a mangé mon chien” “Hm… pas entièrement…” “Je ne sais pas si on se laisse flotter par la vie comme sur une brise ou s’il y a un destin. Peut être que c’est un peu des deux. Peut être que les deux arrivent un peu en même temps”.

Raoul : L’homme sans passé d’Aki Kaurismaki. Le personnage principal parle avec l’électricien : « – Qu’est-ce que je vous dois ? / – Si un jour vous me trouvez face la première dans le caniveau, mettez-moi sur le dos ». Une excellente porte d’entrée dans l’univers Kaurismaki. Gardez-vous de regarder son dernier film par contre, ça ne vaut pas le coup.

La photo de vous enfant que vous avez toujours près de vous ?

Pierre : Je n’ai pas ça…

Nicolas : Celle de la première fois ou j’ai touché une batterie, en 1988, en région parisienne. Je ne le savais pas, mais ce moment allait changer ma vie.

Raoul : A la plage en famille en 93. Dans un tiroir, quelque part.

 Si vous deviez résumer votre rapport à la musique avec une œuvre ?

Pierre : C’est compliqué de trouver ce genre d’équivalence… Comme ça je dirais La Chasse de Nuit de Paolo Uccello.

Nicolas : Dur dur… Le Pandemonium de John Martin, Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch ou une oeuvre de MC Escher.

Raoul : Le boléro de Ravel pour son aspect cyclique, dynamique et hors du temps.

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