Carnage Piknik love loving et nous aussi

Carnage Piknik ne laisse pas le temps filer. Un an après Silence as a Tone of Noise le trio originaire du Mans sort en octobre dernier son second EP, Love Loving, sur le label Reverse Tapes. Avec ce nouveau disque, le groupe promet de belles sensations en live. Original et inventif, il surprend par son ingéniosité et sa sensibilité.

Crédit photo : Flavie Herbreteau

La première fois que je les découvre, c’est lors d’un festival privé de copaines, dans la région Centre. L’été est là, la nuit est tombée et les corps sont réchauffés malgré les températures timides et fugaces, propres aux campagnes françaises. Je me demande alors qui sont-iels, d’où viennent-iels et comment iels font pour être si jeunes et si fort.es et si passionné.es et si fougueux.ses.

Je me rappelle qu’ensuite on se regarde, entre nous, entre copaines, d’un regard ferme, celui qui veut dire « on a vu, on a entendu, on en reveut, on va les suivre de près et on ne veut plus rien rater ». C’était l’été 2024, et depuis, Carnage Piknik a grandi, muri, changé et sorti deux EP. Depuis, je les croise souvent en concert. Comme moi, iels sont toujours devant, toujours ensemble, le regard ébahi, le corps qui sautille et la joie qui leur fend les joues. Je les regarde et je suis heureuse de voir cette passion, cette sincérité rugueuse et palpable. Des humain.es engagé.es, qui croient et portent des valeurs fortes.

Love Loving a été enregistré à Rennes en juillet 2025, chez le magicien Thomas Poli. Celui dans l’ombre mais aussi sur scène, celui qui accompagne tous les groupes que j’aime. Celui avec qui je discute lorsqu’on se croise. Celui qui mixe, qui mastérise et qui apporte une touche de synthétiseur modulaire sur PUNK IS LOVE.

6AM ouvre l’opus de cinq titres. Rythme implacable, tension palpable, les mots s’arrachent aussi vite que les notes sont jetées. Eve, Milan et Hélio se partagent le micro, dans un dialogue nerveux et mouvant. La ligne de basse nous dépossède de nos pensées noires tandis que les riffs de guitare nous ramènent à la terre ferme. La batterie, ferme et oscillante nous rappelle que les musicien.nes de Carnage Piknik sont bel et bien les descendant.es de la nouvelle scène française. Et avec elleux, un seul message : love is punk and punk is love.

SELF/CROWD s’impose noise. Les accords se répètent en boucle sur la voix d’Hélio et tandis qu’on pense le chemin balisé, le morceau nous emporte ailleurs. La musique déraille, s’intensifie, jusqu’à ce qu’il ne reste que la voix d’Eve. Elle répète le titre, sans cesse, en rythme avec la batterie, minimaliste. Le bruit envahit les oreilles, l’espace, le corps. Tellement magnifique, que je me laisse aller à écouter en boucle ces quelques instants.

Et PUNK IS LOVE enchaîne divinement bien. Un morceau disruptif, qui s’enracine au sein de cet EP. La batterie a disparu pour laisser place aux chants. Ils sont multiples, se répondent, s’emmêlent. Les cordes se parent d’effets et subliment la cohésion, des idées, du groupe, des pensées. Le synthé modulaire de Thomas Poli magnifie le morceau, ajoutant une dimension unique à l’ensemble.

SIGNING SESSION signe l’urgence, les pogos en concert, l’énergie singulière du groupe. C’est un mot qu’on répète, toujours plus fort, jusqu’à ce qu’il s’imprègne, jusqu’à ce que les corps plient, la voix se casse et les accords s’écrasent, brusquement.

Finalement PINK MACHINE signe la fin de cet EP. Et tandis que de nouvelles images émergent, je me demande jusqu’où peuvent-iels aller, jusqu’où vont-iels pousser le curseur. Iels s’approprient les genres, les formes et les remodèlent. PINK MACHINE, aussi sombre que lumineux, aussi énigmatique que limpide, une balance qui ne s’équilibre jamais, pour mon plus grand bonheur.

« Love Loving ». Voilà la promesse du second EP de Carnage Piknik. Seulement un an après Silence as a Tone of Noise le trio adoucit ses pensées tout en maintenant l’ossature noise et déstructurée qui les définit. Cinq titres aussi déroutants qu’implacables.

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