Lila Sober a sorti il y a quelques jours son premier album, Different Drums, sur le label Vicious Circle. Six titres d’une grande finesse pour aborder des sujets tabous, tenter de se libérer du poids des maux et finalement, offrir de l’espoir à son auditoire. Entre folk et musiques industrielles, Lila Sober soulage la parole et la transforme en une musique universelle.

La personne derrière Lila Sober m’est familière. Car Clément Caillierez est aussi chanteur et musicien de Psychotic Monks. Je l’ai déjà vu de nombreuses fois. En concerts, surtout. Et je me rappelle avec précision ces moments sacrés où il laissait parler sa voix. Je la trouvais frêle, touchante et sincère. Je l’ai aussi rencontré dans le cadre d’une interview pour les Monks. Avant de le recroiser des mois plus tard, en backstage, lors du festival des Rockomotives. Clément se rappelait de moi. Et moi, j’étais troublée.
Alors, lorsque son nouveau projet solo est annoncé, je suis impatiente d’en découvrir la couleur. Je retrouve l’artiste sensible que j’avais aperçu à de maintes reprises, je lis son passé, je n’imagine pas sa douleur. Depuis 2020, Lila Sober se répare et ce disque est un témoignage. Un parmi tant d’autres. Un qui a la chance de pouvoir s’entendre, s’étendre, et ainsi, soigner.
Lila Sober se nourrit de son vécu, des violences subies dans l’enfance et du stress post-traumatique qui en découle, pour créer ce premier album. Enregistré dans sa chambre à Rennes, en 2024, mis en forme à la clinique de l’Espérance en juillet et août 2024 et mixé par Artie, Different Drums est un album qui ne ressemble à rien que je connais déjà. Déstabilisant, singulier, brut. Il est truffé de détails. Ici des oiseaux, là des voitures qui nous frôlent le long d’une route que j’imagine, de campagne.
Accompagné d’une guitare classique, d’un synthétiseur et d’une boite à rythmes analogique, le musicien transforme, modèle, dessine, un autre espace. Il convoque de nouveaux imaginaires, de nouveaux modes de pensées.
Sa voix, tantôt saturée, tantôt vocodée, s’efface parfois pour laisser place à l’expérimentation et aux silences. Je la retrouve, claire, simple. En anglais, principalement, avant de filer vers le français, pour un dernier morceau, A Propos d’Amour.
Lila Sober évoque sa guérison, l’aide de ses proches et sa sobriété. Une santé mentale morcelée mais bien tenace. J’ai eu la chance d’assister déjà deux fois à son live. Seul sur scène, il défend son album, nous offre ses pensées et prend place. Ému mais vivant. Il porte un maillot aux couleurs de la Palestine, alterne sonorités métalliques, silences ouatés et beats énervés. Il dessine la fête, le deuil, les remords puis la paix, le réconfort, la réparation, l’après.


Different Drums est différent. Lila Sober est vivant.

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