Le trio américain The Wants a sorti en juin dernier un nouvel album, Bastard. Entre « No Wave » et « No Pop techno punk », il brouille les pistes, puisant autant du côté de Korn, que de Bauhaus, Garbage ou Model/Actriz. Sans prétention si ce n’est les frissons, Madeleine de Proust c’est l’occasion de faire un bond dans le passé et raviver les souvenirs, en évoquant des œuvres culturelles qui n’appartiennent qu’à nous.


Décembre 2019, Velding-VanDam, un des membres fondateurs de The Wants perd tragiquement son père. Bastard devient alors le réceptacle de sa douleur et le groupe explore des thématiques sombres mais nécessaires. Il en résulte un album déroutant, qui ponctue mon quotidien.
Quel est le livre/BD que vous ne quittez jamais ?
Madison Velding-VanDam : En ce moment, je ne me balade pas avec des livres, mais j’adore aller fouiner dans les librairies indépendantes quand je voyage. Même dans des villes comme Singapour ou Hong Kong, tu trouves des endroits qui gardent vivant une mémoire militante. J’achète souvent des vieux bouquins en langue locale, j’aime bien comment ça capture un moment précis de la culture du coin.
Yasmeen Night: Vu qu’on parlait de BD, Persepolis. C’est une des premières fois où j’ai vu un personnage principal iranien dans un média. Ce livre est magnifique, les dessins sont super beaux, et franchement je le trouve encore plus touchant maintenant que je suis adulte.
Jason Gates: J’ai souvent un des trois bouquins de The Cut-up Trilogy de William S. Burroughs sur moi. J’aime bien l’ouvrir au hasard et chercher un peu d’inspiration comme ça.
Un film dont vous citez souvent les répliques ?
MVV : Je suis pas sûr de pouvoir la citer mot pour mot, mais la machine à écrire qui parle dans Naked Lunch de David Cronenberg (adapté du roman de William S. Burroughs), ça me marque à chaque fois.
YN : Hier, j’aidais un pote à bosser sur une idée de clip, et je me suis mise à sortir des répliques de They Live. Ce film est ultra actuel. Genre : “De plus en plus de gens deviennent pauvres. On est leur bétail. Ils nous élèvent pour l’esclavage.”
JG : Les Affranchis.
L’album que vos parents vous ont fait découvrir et que vous écoutez encore ?
MVV : So et Us de Peter Gabriel, c’était deux des albums préférés de ma mère. Une écriture magnifique et une production vraiment impeccable.
YN : Ma mère est complètement fan de Prince. Peut-être par esprit de rébellion ou d’attitude punk, je n’y ai pas trop prêtée attention au début, jusqu’à l’âge adulte en fait. Elle passait tout le temps ses CD best of, Purple Rain, Sign o’ the Times… J’écoute encore Prince aujourd’hui, et c’est clairement grâce à elle.
JG : Mon père m’a filé Paranoid de Black Sabbath. Je l’aime toujours !
Si vous deviez résumer votre rapport à la musique avec une œuvre d’art ?
MVV : Le 3-D Catalogue de Kraftwerk, c’est un exemple parfait d’un enregistrement intemporel. Les remasters sonnent aussi frais que si ça avait été enregistré aujourd’hui. J’admire vraiment ce genre d’approche hyper méticuleuse dans la création musicale.
YN : Blade Runner. Un commentaire social futuriste et apocalyptique.
JG : Torture de The Cure.
La chanson qui vous rappelle instantanément de bons souvenirs ?
MVV : Il y a plein de musique que j’adorais plus jeune qui ne me parle plus du tout aujourd’hui, mais certains groupes plus lourds comme System of a Down ou Korn me sont restés. Ils ont vraiment cassé les codes de ce que la pop pouvait être. Korn, avec sa basse super percussive et ses riffs de guitare chromatiques, je trouve que ça ressemble presque à de l’art rock maintenant. Je l’apprécie encore plus avec le temps.
YN : Il y en a tellement. J’associe très fort la musique aux endroits et aux gens. La première chanson qui me vient, c’est In the Aeroplane Over the Sea de Neutral Milk Hotel. C’était un morceau que tous les ados un peu marginaux au lycée se gravaient sur des CD pour se les filer entre eux. J’avais peut-être 4 ou 5 albums différents, de potes différents, et ils avaient tous cette chanson dessus.
JG : Tainted Love de Soft Cell.
Une œuvre d’art étudiée à l’école que vous avez toujours en tête ?
MVV : J’ai étudié la philo et les sciences politiques, et ça m’a appris à regarder l’art avec un regard critique, à toujours questionner. C’est cette manière de voir qui m’est restée, bien plus qu’une œuvre en particulier.
YN : Je me souviens avoir été très attachée aux reconstitutions de la musique d’Hildegarde de Bingen, qui a aussi créé des manuscrits enluminés incroyables. J’ai été obsédée par les enluminures pendant des années. Je pourrais pas en choisir une en particulier parce qu’elle a fait des livres entiers remplis de ça. Ils sont tous magnifiques. C’était vraiment une femme remarquable, elle continue de m’inspirer.
JG : Je suis Américain, et notre système scolaire est nul, mais j’ai eu une période d’auto-éducation où je passais beaucoup de temps à la bibliothèque à étudier l’art italien du XVIIe siècle. J’ai été particulièrement attiré par plusieurs œuvres d’Artemisia Gentileschi.
La photo de vous enfant que vous avez toujours près de vous ?
MVV : J’ai quelques photos de moi enfant en train de jouer de la musique. C’est chouette, ça me rappelle que je fais ça depuis presque toujours !
YN : J’en ai pas.
JG : Je le fais pas, mais j’aime bien l’idée !

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