Les frissons d’Entaoine

Entaoine a sorti il y a quelques mois son troisième album : des fleurs pour les jours absents. Un bijou de poésie et de douceur. Sans prétention si ce n’est les frissons, Madeleine de Proust c’est l’occasion de faire un bond dans le passé et raviver les souvenirs, en évoquant des œuvres culturelles qui n’appartiennent qu’à nous.

Crédit photo : Maia Bérard

Entaoine navigue seul. Dans sa chambre, il compose et enregistre une musique sensible, empreinte de batteries saturées, de mots jetés ou susurrés. Une poésie incandescente, fragile, sincère. des fleurs pour les jours absents : un album entre dreamo, nu gaze et lo-fi indie.

Quel est le morceau qui te rappelle instantanément de bons souvenirs ?

Hermann Dune, I Wish That I Could See You Soon

À l’écoute de ce morceau je me sens propulsé dans le passé. Je suis à l’arrière, place de gauche, de la Volkswagen touran grise familiale de mon enfance. À l’époque je dois avoir 7 ans peut être 8, et mon père mets des disques dans le lecteur. Je ne sais pas pourquoi, dans l’innommable disques qu’il passe, il me reste la voix si particulière d’Hermann  Düne. Je vois des paysages de montagnes qui s’entremêlent, et les doigts de mon père qui battent le rythme régulier sur le volant.

Micah Preite, Our dirty clothes

Cette fois ci, ce morceau fait référence à une période beaucoup plus récente. Ces seulement 46 secondes de morceaux résonnent au plus profond de moi et de mes souvenirs. Je ne saurais expliquer comment, j’étais à un arrêt de bus et j’attendais un noctilien (qui, comme à l’accoutumée, ont l’habitude de toujours nous faire attendre).
Je découvre ce morceau dans une période un poil dépressive. Et ce morceau a tout rendu beau. 

Alex Beaupain, As-tu déjà aimé

Remontons des années en arrière, je suis fin primaire, CM1 ou CM2. J’ai récupéré le vieux Mp3 de mon père et le soir, je l’écoute en cachette sous mes draps. Ceux qui ont déjà eu des vieux Mp3 savent que n’importe quelle fréquence radio est grésillante. Il me reste donc la bibliothèque. Une après-midi où j’étais rentré plus tôt, je décide de transférer depuis l’ordinateur familial des albums au hasard (je pense que c’est en fonction de la pochette que je choisis ce que je prend). Je me retrouve à découvrir des albums inconnus. La BO du film Les chansons d’amour de Christophe Honoré (que je découvrirai des années plus tard) composée par Alex Beaupain, attire mon attention. Je l’écoute sans retenu. sans comprendre le sens véritable des paroles. Alors je m’imagine le film, je m’imagine le sens de ces paroles.

Plus tard dans l’année, un matin où ma mère m’emmène à l’école, elle met le disque en question dans le lecteur (elle change de disque tous les 2/3 mois en écoutant donc toujours en boucle le même). Je me mets à fredonner les paroles que je connais si bien (en cachant à ma mère que je les connais bien sûr, c’est la honte). Le trajet en voiture durait exactement (ou presque) le temps des 2 premiers morceaux.

Un livre ou BD qui ne te quitte jamais ?

Le maître et la marguerite, Boulgakov

Lorsque j’ai lu ce livre j’étais perdu dans les pages, perdu dans un récit aussi diffracté. Tout a semblé me toucher d’une manière ou d’une autre. Il y a une certaine irrationalité et absurdité que je trouve, paradoxalement, très réconfortante. Un chat qui parle, le diable, Ponce Pilate, Marguerite .. il y a tant de personnages énigmatiques, étranges.
Désormais je n’attend plus que de l’avoir suffisamment oublié pour le lire à nouveau.

La première gorgée de bière, Vincent Delerm

Je retrouve dans cette énumération de plaisir : une vision simple, une vision qui me fait du bien. Chaque chapitre se lit en quelques minutes pas plus. C’est un super livre à garder à son chevet, pour en lire un passage en pleine nuit ou avant de s’endormir.

Un film dont tu cites des extraits ou des dialogues ?

Ce n’est pas un film en soit mais je pense que ça serait Twin Peaks de David Lynch (incluons aussi le film Fire Walks With Me).

Je pense que ça rejoint d’une manière ou d’une autre l’univers étrange et si mystique du Maître et de la marguerite.

Cette série a beaucoup de sens pour moi, dans ma découverte d’un cinéma qui me plaît, dans la construction d’un univers aussi marquant. Comment ne pas vouloir citer la femme à la bûche, agent Cooper ou bien Gordon Cole. De plus la BO composée par Angelo Badalamenti, est juste inoubliable.

L’album que tes parents t’ont fait découvrir et que tu écoutes toujours ?

Arcade Fire, Funeral

Je me souviens de cet album qui passait dans mon enfance, je ne saurais pas dire précisément où ni quand. Mais je sais que certaines sonorités me renvoient à ce moment où j’étais trop petit pour découvrir de la musique tout seul et pas assez grand pour m’en souvenir avec précision. Je ne l’ai pas écouté plus que ça en étant plus petit mais, au début de mes 18 ans il est revenu en coup de force et je l’écoute encore.


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