Le trio californien L.A Witch a sorti début avril son troisième album DOGGOD. Entre garage et post-punk, les musiciennes s’interrogent sur la notion de spiritualité et de dévotion liées au sentiment amoureux. Des titres délicieusement entêtants.

Elles sont trois. Elles font un rock qui me plaît. Il est obsédant et s’écoute de nombreuses fois sans aucun effort. Leur nouvel album, DOGGOD est sorti le 4 avril. Deux mots fusionnés, mélange de soumission et de divin. Clin d’œil assumé à la pureté des chiens qui rencontre pourtant le mépris de certains humains. « Il existe un lien symbolique entre les femmes et les chiens qui exprime la position subalterne des femmes dans la société », explique la chanteuse Sanchez dans le dossier de presse. « Et tout ce qui incarne des caractéristiques aussi divines n’a jamais mérité d’être un mot utilisé comme une insulte. »

Elles sont trois et elles n’ont rien à envier à personne. Depuis ce lien privé qui s’est répété maintes fois dans mes petites oreilles percées, j’ai imaginé. Les concerts que j’espère bientôt en France, mon nouveau quotidien que tu ne connais pas avec elles dans les écouteurs. Sade Sanchez, guitariste et chanteuse, possède une voix reconnaissable entre toutes. Elle est traînante, toujours dans les cordes, jamais dans l’excès. Elle porte les refrains vers les regards de la foule et les couplets sur ceux qui n’attendent rien.
Avant DOGGOD, il y a eu deux albums, celui éponyme en 2017, laconique, puis le brûlant Play With Fire en 2020. Avant, je ne les connaissais pas. Je me suis imprégnée de ce dernier opus, j’ai laissé fondre ces neuf titres sous ma peau, jusqu’à perdre l’ordre des morceaux, et les chérir, tous.
Elles sont trois, Sade Sanchez, Irina Pai (basse) et Ellie English (batterie). Et j’aime leur musique. Heureuse, quand je rajoute dans ma playlist des artistes féminines, bien trop peu nombreuses à mon goût. Si le projet est né au départ en Californie du sud, au sein d’un cercle restreint d’initié.e.s et d’ami.e.s, il a pris de l’ampleur et s’étend aujourd’hui au monde entier. La France n’est pas en reste puisqu’elles ont enregistré l’album à Paris, au Motorbass Studio.
Neuf titres au parfum prononcé, avec une brise de yéyé. Tendre mélancolie, ivresse battante. Les riffs de guitare s’accordent si bien avec mes humeurs versatiles.
Icicle ouvre l’album. Les accords saturés se mêlent aux synthétiseurs et à la voix claire de Sade Sanchez. Icicle, répété, tel un mantra pour me plonger vers Kiss Me Deep, titre sur la passion, celle qui s’étend à travers les âges. Puis l’énergique 777 pour évoquer la dévotion jusqu’à la mort. Jusqu’à l’envoûtant I Hunt You Prey. La basse résonne dans mes oreilles, la voix, suave, guide et charme. Je n’ai pas envie de quitter ce morceau. Je ne le quitte pas. Mais Eyes of Love se dessine déjà. Les mots se répètent sans cesse tandis que la mélodie s’infiltre dans chaque coin de mon cerveau. Alors, The Lines débarque et joue la carte du post-punk. Un titre puissant, porté par une basse omniprésente et par des tonalités enivrantes. Il y a un air profondément joyeux dans ce morceau, que je ne saurais pas expliquer. La fin, brutale, mène à Lost at Sea, parenthèse apaisante de l’album. On navigue en mer, les accords se noient et nous aussi. C’est délicieusement beau. Et DOGGOD survient. J’ai quelque part l’impression d’être en présence de Mannequin Pussy qui s’emparait de son côté de l’image du cochon. Ici, L.A Witch s’imagine chien, chantant « hang me on a leash / ’til I wait for my release » (accrochez-moi à une laisse / jusqu’à ce que j’attende ma libération). Finalement SOS fait ses premiers pas. Dès les premières notes, la batterie donne le ton. Ce sera un morceau pour danser.
Avec DOGGOD, le trio L.A Witch dévoile un rock sombre et mélancolique, entre garage, psyché et post-punk. Un album profondément magnétique, que j’ai longuement écouté.

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