Le 22 novembre dernier, le compositeur américain Searows sortait son nouvel EP, intitulé sobrement flush. Cinq titres traversés par une poésie irisée, des violons lancinants et une voix digne d’une Phoebe Bridgers ou Emma Ruth Rundle.

Je me rappelle avoir tout de suite accrochée à son timbre de voix, à ses mots qui semblent n’exister que pour moi. Sortis sur les labels Last Recordings On Earth et Communion Records, avec l’aide du producteur Jonathan Pearce (The Beths), ces cinq titres sont une connexion au monde et à soi. On y sent le temps qui passe, les êtres aimés imprimés et la sensation d’appartenir à un univers qui nous dévore.

Avant flush, il sortait son EP End Of The World et réalisait une tournée à travers l’Angleterre et l’Europe. C’est sur les réseaux sociaux, dans sa chambre, qu’il a commencé à fredonner les airs qui composent cet EP, avant de les enregistrer en studio. Il en ressort une sensation d’intimité et de bien-être. Habitué à travailler seul, il sortait déjà en 2022 son premier album, Guard Dog.
Searows, de son vrai nom Alec Duckart, me fascine. Par sa jeunesse, sa justesse et sa facilité à toucher les gens. Entre Sufjan Stevens et Bon Iver.
martingale ouvre cet opus. Happée instantanément, je me laisse couler au sein de ces mots, de ces quelques accords grattés et répétés.
Mais le titre qui me convainc sans l’ombre d’un doute, c’est to be seen. Je l’ai écouté en boucle, séduite par l’apparition d’un piano mélancolique et de la voix qui traine et s’élance. L’artiste a écrit cette chanson après avoir vu le film d’horreur X, du réalisateur Ti West. L’histoire se déroule à la fin des années 70 au fin fond du Texas. Une équipe de tournage se rend dans une maison isolée pour tourner un film pornographique mais tandis que la nuit tombe, ils sont surpris par les propriétaires des lieux. Le compositeur explique qu’il n’avait pas l’intention à la base d’écrire sur ce film mais que les mots sont venus tous seuls : « La chanson parle de la visibilité physique et émotionnelle d’être vraiment vu par quelqu’un que vous aimez. » Il ne reste plus qu’à se laisser attirer par le violon apprivoisé par Charmian Keay.
toothache nous réconcilie avec nos pensées sombres et apportent lumière et confiance en soi. Ne plus s’intéresser aux regards extérieurs. S’aimer. Searows le fredonne et nous enjoint ainsi à le penser.
calico s’étend et s’écoute doucement, dans une configuration guitare-voix qui confère au morceau cette simplicité tant recherchée.
Enfin, (there is still time) conclut cet EP. Le rythme se fait brumeux, la voix, presque éthérée. Et quelque part, j’ai un peu l’impression d’écouter November Ultra. Mais ici, il est question de deuil, de l’histoire qui s’écrit et se répète et finalement, de pardon.
Avec flush, le compositeur Searows dévoile des compositions intimistes et fragiles, où les émotions ressemblent à des personnages existants. Quel plaisir, quelle sérénité de se glisser quelques instants dans la peau d’un autre et d’absorber alors ses inquiétudes et ses sentiments.

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