Le quatuor Porridge Radio en provenance de Brighton sortait le 18 octobre dernier son nouvel album, Clouds In The Sky They Will Always Be There For Me. Il est teinté de douceur, d’optimisme et d’explosions sonores. Un bijou.

Crédit photo : Steve Gullick
La rencontre entre Dana Margolin, Porridge Radio et moi a eu lieu il y a deux ans. À contre-temps avec le reste de l’univers. Dana, c’est celle qui offre sa voix et ses mots. C’est celle dans laquelle je me suis tout de suite reconnue.
C’était l’hiver, je venais d’emménager dans mon nouvel appartement et tandis que les cartons jonchaient encore le petit studio bleuté, j’apprenais une nouvelle qui bouleverserait ensuite mon quotidien. Le cœur brisé, la peau trahie et les souvenirs lésés. Alors j’écoutais Porridge Radio, chaque jour, en boucle. Il n’y avait qu’eux pour apaiser mes peurs, calmer mes angoisses et m’aider à traverser le quotidien. Je savais que lorsque je les verrais en live, je serai réparée. Alors j’attendais. Les bains brûlants, le corps qui se refusait à tout excepté à la voix de Dana. La précision du vocabulaire, le ton employé, les phrases qui s’emmêlent et s’entrecroisent. Chaque album est ponctué de mots que je sens, que je vis et que j’aurais tant aimé écrire.

Alors, quelle joie d’enfin découvrir il y a quelques mois Clouds In The Sky They Will Always Be There For Me. Pour une fois, me retrouver dans la bonne temporalité. Le voir sur scène avec quelques privilégiés, assise au premier rang, grâce à une performance exceptionnelle au Centre Pompidou. Je ne savais pas encore quels étaient tous ces morceaux que je ne connaissais pas, et j’espérais secrètement qu’ils seraient issus d’un futur opus. Bingo.
Onze titres vibrants, où la poésie et le mariage subtil des accords se rencontrent. Clouds In The Sky They Will Always Be There For Me représente pour les membres du groupe le passage à l’âge adulte avec tout ce qu’il comporte et contient : l’épuisement professionnel lié aux tournées perpétuelles, l’industrie musicale qui pousse à faire toujours plus, les peines de cœur, mais aussi la prise de confiance de Dana envers ses œuvres artistiques. Toutes ces histoires, celles de la chanteuse Dana, sont passées de poèmes à chansons. D’intimité sacrée à partage cathartique. Car finalement, c’est ça. Les concerts, le public, l’osmose et les frissons.
À la suite d’un début d’année compliqué en 2023, l’artiste se plonge dans la musique, souhaitant aller de l’avant. Mais comment conserver sa créativité sans se faire du mal ? Une rupture douloureuse donne naissance à Sick Of The Blues, premier morceau partagé mais aussi celui qui conclut l’album. Comme si les mots, comme si le chant, comme si la mélodie pouvait tout changer. C’est celui où Dana fredonne « Sick Of The Blues / I’m in love with life again ». Et derrière ce refrain entêtant, il n’y a que ça. Une profonde ivresse du quotidien, le sentiment de se laisser aller, de profiter et de se remettre au centre de sa propre vie. Sick Of The Blues c’est s’aimer et se choisir, à chaque fois. Aimer sa vie, aimer ses ami.e.s.
Finalement, Clouds In The Sky They Will Always Be There For Me semble être la rencontre des êtres aimés, l’album dont les membres sont le plus fier, comme s’il était la parfaite évocation de leur amitié.
D’Anybody en ouverture à Lavender, Raspberries ou bien A Hole In The Ground, il n’y a qu’un pas : la demi-mesure, l’attention, la pression qui monte et finalement, l’explosion finale. Finalement, ce sont ces instants qui dominent, lorsque les voix susurrées se mêlent subtilement à la force des sentiments. Lorsque la voix douce et claire de Georgie aux claviers se fracasse contre les sons ambiants et la Dana un peu brisée.
God Of Everything Else prend les airs d’une balade qui ressemblerait à Waterslide, Diving Board, Ladder To The Sky et croise Sleeptalker et son piano mélancolique, avant de glisser vers un air qu’on fredonne doucement. Et c’est ainsi que se dévoile à pas feutrés You Will Come Home, ce morceau que j’ai déjà tant écouté et dont je récite religieusement ces quelques mots : « I would do anything to see what I’m waiting for ». En boucle, jusqu’à ne plus entendre que les voix de Dana et Georgie.
Wednesday et sa langueur, I Got Lost et ses couleurs. Et entre, In A Dream I’m A Painting, incontestablement mon morceau préféré. Il contient tout : l’émotion, les frissons, la force et la tendresse. « Nothing makes me sad now / Evеrything makes me happy » Tel un mantra qu’on se répèterait tous les jours devant sa glace.
Pieces Of Heaven qui nous transporte déjà au-delà des nuages, entre retenue et pudeur. Vers une beauté discrète et une infini pureté.
Dans le communiqué de presse, il y a ces quelques phrases de Dana Margolin qui m’ont particulièrement touché : « La façon dont je veux vivre, c’est la façon dont je veux faire des disques, parce que faire des disques, c’est ma vie, parce que mon travail, c’est mon jeu, c’est mon travail, c’est ma vie. »
J’ai toujours dans un coin de ma tête ces trois mots, « l’écriture ou la vie », je sais qu’ils ne m’appartiennent pas, ils sont à Jorge Semprún et pourtant, je me les approprie, les sortant de l’Histoire douloureuse pour les emporter vers mon intime. Et j’ai l’impression de comprendre ce que dit Dana. Sans la musique, il n’y a rien, sans les émotions, tout est creux.
Clouds In The Sky They Will Always Be There For Me, finalement, c’est l’album pour réapprendre à faire confiance, ouvrir les bras à l’autre, avancer et peut-être, se réparer.
Porridge Radio jouera ce soir au Trabendo (Paris), à l’Antipode (Rennes) le 13 mars, au Stereolux (Nantes) le 14 mars, à l’Epicerie Moderne (Lyon) le 25 mars ou encore à La Vapeur (Dijon) le 27 mars.

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