Le duo Geysir a sorti il y a quelques jours un nouvel album, Tanzwelle. La rencontre sacrée entre l’electronica, les textures sonores et le chant aérien. Un coup de cœur découvert en live il y a déjà quelques semaines et qui se confirme en studio.

Crédit photo : Lise Lefebvre
De Geysir, je ne connais rien. Ni le nom, ni la formation. Mais je reçois un jour dans ma boite aux lettres, leur nouvel album, Tanzwelle, gentiment envoyé par leur label. Habituée des cd promotionnels, je le laisse sur la table basse, rejoignant ainsi la pile déjà conséquente de ceux que je dois écouter.
Puis, mes pas m’amènent au festival Hop Pop Hop à Orléans, là où je sais qu’iels joueront. Alors tandis que j’écoutais distraitement Adult DVD sous le soleil frais du mois de septembre, je me dirige rapidement vers la scène de l’Institut, écrin de beauté qui accueille les projets cachés, ceux empreints de folk, de douceur et de poésie. La salle déjà plongée dans le noir, je me réfugie tout de suite dans un fauteuil moelleux, à bonne distance de la scène.
Iels sont deux : une femme, un homme. Face à face et séparés uniquement par des claviers. Et instantanément, c’est la claque. Celle que je recherche, inlassablement, qui se fait désirer et ne se laisse pas souvent approcher. C’est la claque, inattendue et si belle. Le décor, les miroirs qui entourent les artistes, le lustre aux milles diamants, les lumières qui se reflètent tout autour. Et ce silence, religieux. Les corps qui font des vagues, les pieds qui tressautent. L’espace accueille les basses et les voix, tantôt graves, tantôt claires. D’eux, je ne sais rien. Je comprends seulement que ce sera le groupe de mon week-end. Je suis seule dans mon fauteuil, les copaines ayant choisies un autre concert. Seule et si bien. C’est mon cocon de joie et de silence.
D’eux, je ne sais rien et pourtant, je sais que je vais écouter l’album, encore et encore.
Tanzwelle est sorti le 27 septembre sur le magnifique label Figures Libres Records. Huit titres empruntant à la fois à l’electronica, au krautrock, au shoegaze ou encore au post-rock.
Derrière ce projet, se dissimulent Marie-Céline Leguy et Lionel Laquerrière. Ensemble, iels ont sorti trois albums avec le projet Nestorisbianca avant de fonder Geysir à l’occasion d’un ciné-concert sur le film « Le voyage fantastique » de Richard Fleischer (1966).De cette expérience définitivement sensorielle, sont nés le premier EP puis l’album, Malsamaj (2019).
Geysir, qui emprunte son nom à une source d’eau chaude islandaise signifiant « jaillir », déploie en effet des myriades de sensations. Brutes, significatives et fragiles.
Je me demande alors comment j’ai pu passer à côté tant le travail de Lionel transpire dans la musique que j’écoute au quotidien : membre de Transmission, il a aussi fondé un groupe avec Thomas Poli à base de synthétiseurs analogiques. Il accompagne également en tournée Yann Tiersen. Enfin, c’est le magicien qui s’occupe du mixage, de l’enregistrement et du master des albums de GaBLé, Opac, Germain Guilbault/Post Bad S CDE, Crenoka, Ropoporose. Cette scène à moitié tourangelle que j’écoute au quotidien.
Avec l’album Tanzwelle, les voix se répondent, le silence est ouaté, les nappes sont brumeuses. Des couches et des couches de sons. Tout s’emmêle, parfaitement. L’album a été enregistré et réalisé à domicile, à Thoré-la-Rochette. J’imagine alors le temps à peaufiner, tester, réarranger. Joindre l’analogique aux batteries électroniques et laisser les synthé coexister avec les mandolines, basses et guitares.

L’opus s’ouvre avec No Fear, qui, instantanément, me happe. Une mélodie, si simple, qui revient grâce aux claviers. Un tempo, lancinant et la voix de Lionel, posée délicatement. Quelques glitchs, ici et là, pour ajouter du contraste. Il y a un peu de Jonathan Bree dans l’air, dans l’épuration et l’élégance de la voix.
Le morceau qui suit se nomme Mit Dir Allein Sein et me transporte ailleurs. Des samples se superposent à des paroles en allemand. Des effusions de joie et le corps qui souhaiterait déjà danser. Un beat, qui se répète. Un beat, qui s’amplifie.
Puis Open Bay, puis Freaking Love. L’esprit qui s’évade et les notes qui s’élancent. Sur un fil, ténu mais fragile. Geysir construit un paysage sonore indescriptible, entre des plages éthérées et denses et des vagues de sentiments.
Fresque, indéniablement mon titre préféré, surgit ensuite. Un clavier accompagné par une voix chaude et grave. Je me revois encore dans cette salle à Orléans. Cet instant, où je ne connais pas encore ce morceau, où je sais que je vais aller l’écouter, encore et encore. Jusqu’à m’imprégner de ce qu’il est. Je vais le vider de sa substance, qu’il devienne mien. Qu’il accompagne mes nuits creuses et mes cernes infinies.
Love Words enchaîne, ça fait boom boom et à côté, la mélancolie se dessine. Il faudrait alors fermer les yeux pour être sûr de tout capturer. La voix claire et juste de Marie-Céline, Lionel qui l’accompagne.
Et tandis qu’on se rapproche de la fin de l’album, Celebration se déclare. Une chanson à deux voix. Forte et sincère. Timbres graves et aigus se confondent jusqu’à épouser parfaitement les contours du morceau. Le temps s’étire, les notes s’entremêlent.
Quant à Tanzwelle, celui qui conclut l’album, il nous offre, une dernière fois, un soupçon d’electronica, couplé à une certaine urgence. Urgence d’être là, de se voir, de se toucher. Alors, se laisser happer par les beats, et croire, une dernière fois, que tout peut arriver.
Avec Tanzwelle, le duo Geysir dévoile huit pistes inventives et sensorielles, où la mélancolie se joint à la joie. A chaque instant, s’imprime en nous ce que nous savons déjà, comme si les notes gardaient en mémoire l’énergie du corps et de l’esprit. Il y a des musiques qui relèvent de l’indicible. Geysir en fait partie.

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