Ouvrir le chapitre de ce média avec l’EP de Curtism en exclusivité, comment rêver mieux ? Si le nom du quatuor toulonnais n’est pas encore sur toutes les lèvres, nul doute qu’il le sera bientôt. Vingt ans, ou presque et déjà un talent à faire rougir les plus grands. Entre DIIV et The Cure, les musiciens dévoilent quatre titres aussi vifs que mélancoliques.

Le premier EP de Curtism est fascinant : une maturité évidente couplée à une jeunesse éclatante. Un peu de Cure, beaucoup de Ride et des influences post-punk mêlés au rock US. Le jeune quatuor originaire du sud de la France nous promène d’un morceau à l’autre. Dix-huit minutes d’allégresse, de pop ouatée, de mélancolie incertaine.
En 2020, Marin, le chanteur et guitariste se lance en solitaire et imagine Curtism comme un projet de bedroom pop. En 2023, il est rejoint par deux amis du lycée : Scrappy à la basse et Anthony à la guitare. Barny, le batteur, arrive à leur rescousse lors d’une fête de la musique où ils se retrouvent sans percussions. Curtism devient alors quatuor et prépare cet EP, en avant-première aujourd’hui sur Fréquence O et repéré par le label toulonnais Hazard Records (Avee Mana).
L’EP s’ouvre avec doityourself, un morceau teinté de shoegaze, magnifié par une voix éthérée et déjà dévoilé par le passé car composé exclusivement par Marin.
Sans doute un de mes morceaux favoris (ne le sont-ils pas tous ?), doityourself sait cacher son jeu : un rythme évanescent qui tout à coup se précipite vers un ailleurs définitivement intense. Alors, la hâte de les découvrir prochainement en live. Et imaginer déjà l’instant où tout part, où les guitares s’affolent et où les percussions semblent n’exister que pour elles.
Le bassiste, Scrappy développe dans le communiqué de presse : « À force de beaucoup de travail d’arrangement, on a fait mûrir les morceaux pendant assez longtemps. On est tous arrivés avec de nouvelles idées. Plus on jouait et modifiait ces chansons, plus la différence se ressentait en live »
Il y a ici l’urgence d’être et de témoigner.
Puis, violon & bille de verre se découvre. Titre nébuleux pour morceau poétique.
Marin fait claquer les mots en français, les phrases s’enchaînent mais la ponctuation a disparu et avec, la rationalité et le bon sens.
Le caractère abstrait de Curtism se propage au sein de l’œuvre : le père de Marin, Philippe Croq a réalisé les artworks illustrant l’EP et ses singles. Des peintures aux visages morcelés. Eclats de couleurs, contours fragiles : le visuel accompagne les pensées magiques du musicien. Plus une impression qu’une explication, une sensation qu’une narration, le jeune homme distille des détails oniriques : « mes textes décrivent une atmosphère, un ressenti parfois un peu flou. C’est quelque chose d’assez introspectif, ça parle de soi mais avec beaucoup d’images. »
Et tandis qu’on se rapproche doucement de la fin de cet EP, otherways se dessine. Nappes brumeuses, pression palpable et la voix de Marin qui se détache avant de s’exploser face au mur de son. Accords stridents et mélodie palpable, les percussions occupent progressivement tout l’espace. Il en faudrait, encore. Et encore. Déjà en boucle, comme si c’était le morceau à ne pas oublier. Jamais.
Et c’est au sein d’un silence progressif que le dernier titre peut débuter : coolkid. Issu également des débuts de Marin, il offre à Curtism l’ultime respiration. La parenthèse pop, le tempo entraînant, la musique qui redevient un instant rock, un brin désuet.
Curtism narre avec ce premier EP l’histoire singulière et touchante d’une bande de potes, unie par des liens musicaux indéfectibles. Des morceaux puissants et obsédants qui promettent une aventure absolument radieuse.
L’EP de Curtism a été enregistré et mixé par Olivier Cancellieri à Tandem, Scène de Musiques Actuelles (Toulon) et au conservatoire de la Seyne. Le mastering est réalisé par Martin Baudu au Cool Train Studio.
